Athlétisme

EXCLU – La Française Ophélie Claude-Boxberger s’est confiée pour Le Sport au Féminin (1/2)

Impliquée dans une affaire de dopage complexe depuis plusieurs semaines, Ophélie Claude-Boxberger a toujours nié s’être dopée. D’après les récents éléments de l’enquête, son beau père, Alain Flaccus, aurait avoué qu’il avait dopé la spécialiste des épreuves de demi-fond. Ophélie Claude-Boxberger a décidé de se confier en exclusivité. Son passé, sa vie d’athlète, cette enquête, et même son opinion sur le monde de l’athlétisme, la Française de 31 ans n’élude aucun sujet pour Le Sport au Féminin. Interview, première partie.

Comment définiriez-vous la Ophélie Claude-Boxberger d’aujourd’hui ?

Il y a plusieurs moments. Parfois, je suis fragilisée par tout ce qui peut être dit sur les réseaux et les journaux qui ne relatent pas toute la vérité. J’ai envie de me battre pour que la vérité aille jusqu’au bout. Je fais aussi ça par rapport à mon passé et aux attouchements sexuels dont j’ai été victime pendant quatre ans lors de mon adolescence. Je vis une période compliquée, mais j’ai envie de me battre et d’en ressortir plus forte pour mieux me reconstruire par la suite.

Comment se sont passés vos récents rendez-vous à Paris ?

J’ai eu un premier rendez-vous le 18 novembre dernier lors duquel j’ai rencontré le président de l’AFLD (Agence Française de Lutte Antidopage). Cette semaine, j’ai été à Paris pour l’analyse de l’échantillon B au laboratoire de Châtenay-Malabry. Je vis un moment difficile, car dès le 5 novembre où j’ai été notifiée d’un contrôle positif, je n’ai pas compris ce qu’il se passait. Quand ça a sonné, je m’attendais à un simple contrôle antidopage comme j’en ai si souvent depuis le début de ma carrière. Depuis ce moment, je ne comprends vraiment pas, car j’ai en plus été blessée toute la saison dernière et j’envisageais une rééducation pour reprendre la compétition. C’est une situation extrêmement difficile psychologiquement, car l’incompréhension est quelque chose de très difficile à vivre. Il y a aussi eu une perquisition de mon domicile puis de celui de ma maman.

Comment s’est passé votre premier rendez-vous à la gendarmerie ?

J’étais tellement sous le choc que j’ai vomi pendant un moment et j’ai donc vu un médecin. J’ai ensuite été entendue pendant 10 heures à la gendarmerie de Montbéliard. J’ai aussi témoigné auprès de gendarmes de l’OCLAESP (Office Central de Lutte contre les Atteintes à l’Environnement et à la Santé Publique) et le parquet de Paris s’est saisi de l’affaire. Lors de mon audition, j’étais en état de choc. Pour les gendarmes, j’étais considérée comme une athlète positive suite à un contrôle. Jean-Michel Serra, mon compagnon, étant médecin de l’équipe de France à cette date, cela a donc amplifié les doutes et la suspicion. Ils se sont tout de suite dit que le dopage pouvait venir de mon médecin.

Justement, depuis début décembre, Jean-Michel Serra n’est plus médecin au sein de l’équipe de France

Il est parti quatre jours avant la fin des Mondiaux à cause d’un différent avec le DTN. Il avait demandé l’autorisation à la Fédération de quitter le Qatar car il ne restait plus beaucoup d’athlètes français encore en lice et il y avait un autre médecin de disponible. Il a donc pris, en accord avec toute son équipe médicale, la décision de partir. Suite à cela, la fédération a fait le choix de maintenir un DTN qui n’arrive pas à avoir de bons résultats au détriment d’un médecin qui a toujours fait très bien son boulot durant ces onze dernières années. Il a été fort affecté sur le plan psychologique devant même être en arrêt maladie ce qui ne lui était jamais arrivé. Il a reçu récemment une lettre de licenciement de la Fédération Française d’athlétisme.

Quels éléments de l’enquête attendez-vous encore ?

Je n’ai pas tous les éléments de l’enquête relatifs à Alain Flaccus (son beau-père qui a avoué l’avoir dopé). J’attends que le parquet de Paris puisse me transmettre les informations. Le Tribunal de Grande Instance de Montbéliard a été saisi. On va essayer de faire en sorte d’avoir tous les éléments pour les transmettre à l’AFLD avec d’autres pièces que l’on va rajouter. Je n’ai pas eu recours au dopage au cours de ma carrière. Il y a eu plusieurs témoins entendus dans l’affaire : un athlète à qui Alain Flaccus a parlé le 29 septembre lorsque j’étais toujours à Doha, et une personne tierce à qui il s’est confié le 14 novembre en disant qu’il m’avait dopé. L’affaire est sortie dans la presse le 20 novembre. Les gens pensent que mon beau père se dénonce pour me protéger mais cela n’a aucun sens sachant qu’il avait déjà parlé avant à des témoins. D’autres personnes vont aussi s’exprimer à ce sujet.

Est-ce que vous allez porter plainte contre Alain Flaccus ?

Oui, bien sûr. Je vais porter plainte pour le viol que j’ai vécu il y a plus de 14 ans. C’est une problématique actuelle car ce qu’il se passe dans le milieu sportif est inacceptable. Beaucoup d’entraîneurs ont des problèmes de comportement sexuels avec d’autres athlètes. Mon histoire est complexe car il n’y a pas que le dopage, il y a aussi un problème d’attouchements sexuels. Les gens ne comprennent pas pourquoi je suis revenu vers mon beau père, mais ma mère est restée avec lui malgré tout. C’est un choix personnel et c’est difficile d’être jugé comme ça. C’était mon choix mais c’est peut-être la pire chose que j’ai faite.

Comment comptez-vous faire pour prouver votre innocence ?

C’est très difficile. Malgré les éléments de l’affaire que possèdent les gendarmes, je dois prouver que je ne me suis pas dopé. C’est en plus une EPO de première génération qui a été utilisée et c’est une EPO d’un autre temps car c’est un produit que l’on utilisait dans les années 90. J’ai déposé plainte contre X pour « atteinte à l’intégrité physique par administration de substances nuisibles » car je risquais une mort subite. Il aurait pu me tuer de cette manière-là. Je dois prouver que je n’ai pas voulu me doper. Je ne comprends pas comment on peut penser que je me suis dopé avec de tels risques. Je réalise la moins bonne perf’ de ma saison aux Championnats du monde. Ce dopage a nui à ma santé. Après mon stage à Font Romeu, je suis tombée malade et mon état de forme a diminué. J’ai même cru avoir fait une insolation et je l’ai dit dès la fin de ma course à Doha. J’ai tous les éléments du puzzle assemblés, je comprends mieux. Et ce type d’EPO, ce n’est pas un produit que l’on trouve facilement sans ordonnance. Je pensais être malade toute la course. Le but d’Alain Flaccus était de nuire à Jean Michel Serra.

Comment se passaient les séances avec Alain Flaccus ?

J’étais dans un état psychologique difficile quand il venait me masser. Il avait acheté une machine pour me masser, je possède la facture, pour ne pas avoir de contact direct avec mon corps. Le problème de ce type de pratique c’est que cette machine endort les muscles. Alors, on l’utilisait trente minutes puis il me faisait un massage manuel ensuite. Lors de ce dernier jour (le 12 ou 13 septembre), j’ai ressenti quelque chose. J’avais la tête en bas sur le canapé et je m’étais retourné car il me faisait mal. Puis je lui ai dit « Montre-moi ta main, montre ». Il m’a répondu : « Je n’ai rien fait, je t’ai juste griffée ». Je me suis alors énervé : « Tu m’as fait mal ». Je n’ai jamais imaginé une chose pareille.

La deuxième partie de l’entretien avec Ophélie Claude-Boxberger est à retrouver ce lundi.


Photo à la Une : (@DR)

Timothée de Fraguier

Passionné de sport féminin depuis ses débuts dans le journalisme, Timothée de Fraguier a décidé de rejoindre l'équipe du Sport Au Féminin en septembre 2019. Aujourd'hui rédacteur pour notre site internet, il apprécie la mise en avant des résultats sportifs féminins.

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