Athlétisme

EXCLU – La Française Ophélie Claude-Boxberger s’est confiée pour Le Sport au Féminin (2/2)

Impliquée dans une affaire de dopage complexe depuis plusieurs semaines, Ophélie Claude Boxberger a toujours nié s’être dopée. D’après les récents éléments de l’enquête, son beau père, Alain Flaccus, aurait avoué qu’il avait dopé la spécialiste des épreuves de demi-fond. Ophélie Claude Boxberger a décidé de se confier à notre média. Son passé, sa vie d’athlète, cette enquête, et même son opinion sur le monde de l’athlétisme, la Française de 31 ans n’élude aucun sujet pour Le Sport Au Féminin. Interview, deuxième partie.

La Fédération française d’athlétisme vous soutient-elle dans ce moment difficile ?

Non et c’est ça que je trouve triste et agaçant. J’ai essayé de prendre contact avec André Giraud, la président de la FFA, mais elle fait le sourd malgré mes mails et messages. Il s’était plaint de ne pas pouvoir joindre Clémence Calvin et de mon côté je lui ai demandé de me contacter car j’avais des éléments par rapport à la Fédération. Ce stage à Font Romeu m’a posé beaucoup de problèmes. Ce n’était pas mon choix d’aller là-bas, mais celui de la FFA. On m’a demandé de prouver mon état de forme et j’étais la seule athlète dans cette position-là.

Certaines athlètes dont Rénelle Lamote vous ont vivement critiqué lorsque vous avez été annoncée positive à l’EPO. Est-ce que certains sportifs sont revenus vers vous depuis l’aveu de votre beau père ?

Non, car c’est toujours pareil. Ceux qui vont vous descendre bas sont les premiers à ne jamais s’excuser. C’est ça qui est regrettable car ils ont la fierté de ne pas s’excuser. J’ai voyagé à Doha côte à côte avec Rénelle Lamote. On a même parlé de conseils alimentaires. C’est difficile et ça fait mal d’entendre ses critiques car je l’apprécie. Si toute la vérité est faite, elle ne viendra peut-être pas s’excuser. Depuis le début de cette affaire, personne ne me critique en face car ils ne le font qu’à travers les réseaux sociaux. Jamais personne ne m’a fait un reproche dans les yeux.

Vous sentez-vous vue différemment depuis le début de l’affaire ?

Les gens se retournent sur moi après l’hyper médiatisation qu’en font les médias. Je trouve triste d’être médiatisée dans un fait de scandale car j’ai 10 titres de Championne de France, j’ai gagné le 20 km de Paris en 2018, mais personne ne me reconnaissait dans la rue. Les entraîneurs de l’équipe de France savent que je m’entraîne dur depuis l’âge de 12 ans. Quand on gagne, la médiatisation est éphémère alors que là, vu que c’est un scandale, les gens me reconnaissant. C’est une histoire très difficile qui retourne jusqu’à mon enfance qui est ultra médiatisée. Le scandale médiatise le sport et l’athlétisme. Auparavant, je n’avais jamais fait une première de couverture. C’est du business. Mon histoire est un épisode avec des rebondissements et une série que les gens veulent suivre.

Le président de votre club de Montbéliard a affirmé que d’autres informations allaient être publiées prochainement sur votre beau père, Alain Flaccus. Savez-vous de quoi il parle ?

Déjà au moment de mon affaire en 2006, liée à des faits qui ont eu lieu entre 2002 et 2006, il y avait déjà des personnes qui s’étaient exprimées. Il y a des gens qui ont témoigné. Ces témoignages ont été repris par des gendarmes et des journalistes. Mon histoire, liée aux attouchements sexuels dont j’ai été victime petite, n’est pas un cas isolé. Il faut faire bouger les choses dans le sport avec les entraîneurs et éducateurs qui commettent des abus sexuels. Il faut réagir et mon histoire pourra peut-être faire bouger les choses. Des filles ont parlé et je sais que je ne suis pas la seule.

Quelle relation aviez-vous ces derniers temps avec votre beau père ?

J’ai coupé les ponts presque dix ans avec lui puis il est revenu progressivement. Je me suis retrouvé à m’entraîner seule puis pour renouer le lien avec ma maman j’ai accepté qu’il revienne à mes entraînements. Lors de sorties à vélo par exemple, il lui arrivait de m’accompagner. On n’avait pas forcément de discussions. Il est vraiment revenu en 2019 pour ma préparation de Doha et vu que je suis parti avec la fédération en stage à Font Romeu, je devais trouver une personne disponible un mois. Il était disponible et je lui ai fait confiance. Mais maintenant, le mal est fait et je dois me reconstruire.

Comment votre mère a-t-elle réagi à la nouvelle ?

Elle est sous l’emprise. Elle a pardonné et fermé les yeux sur la première affaire. Ma maman est un peu dans le déni et elle n’a pas encore ouvert les yeux sur la seconde affaire, comme si pour elle il ne se passait rien. J’ai essayé de discuter avec elle mais dès que j’en parle elle change de sujet.

Vous avez récemment dit : « Mon papa, c’est pour moi un modèle, il a eu 4 sélections aux Jeux olympiques, mon rêve c’est d’y participer aussi. » Pensez-vous qu’il sera possible pour vous de participer aux prochains Jeux ?

J’essayerais de prendre cette épreuve pour rebondir et être plus forte. Je pense toujours aux Jeux Olympiques car c’est mon rêve depuis petite. Je continuerais à travailler dur pour y arriver en espérant que la justice soit faite pour mettre toute l’affaire en lumière. Je crois encore aux JO de Tokyo.

Avez-vous repris l’entrainement et comment vous sentez vous physiquement ?

À l’heure actuelle, je ressors d’une grosse blessure. Je suis en réathlétisation physique. Le sport est un bon moyen d’évacuer et une échappatoire pour penser à autre chose. J’essaye de retrouver une hygiène de vie. Toute l’affaire me prend du temps mais petit à petit je me remets en condition physique. J’ai aussi arrêté tous les médicaments que j’avais repris depuis qu’Alain Flaccus était revenu dans ma vie. Je veux retrouver l’envie de courir.

Vous faites de l’athlétisme depuis vos 10 ans, est-il envisageable pour vous de mettre un terme à votre carrière suite à ce drame qui vous touche actuellement ?

Je ne suis pas dans cet état d’esprit. Il y a des moments où je ne veux plus être dans ce monde-là, mais c’est ma passion et c’est aussi un plaisir d’entraîner mon groupe d’athlètes à Montbéliard. J’ai la passion de l’athlétisme et il n’est pas envisageable pour moi d’arrêter. J’ai aussi deux de mes athlètes qui sont en équipe de France de course d’orientation et certains font même du triathlon. Ça me redonne la motivation d’être présente dans le monde de l’athlétisme.

Vous avez toujours était engagée pour la transparence des données de chaque athlète en lien avec le dopage, quel message aimeriez-vous faire passer aux jeunes athlètes et plus particulièrement aux jeunes filles qui vous suivent ?

Maintenant que je suis du côté du contrôle positif, je vois comme cela détruit une personne. Je sais ce qu’un athlète peut traverser qu’il soit coupable ou non coupable. C’est une vie entière qui s’arrête. Même si je suis blanchie, mon nom sera lié à cette affaire pour toujours. J’ai envie de dire aux jeunes sportifs qu’il faut garder le plaisir et courir pour la reconnaissance de soi-même. Le bonheur d’être satisfait de son niveau, son propre niveau personnel que ça soit au niveau local, régional ou mondial. Il faut se regarder par rapport à soi. Pour ma part, je sais que je ne ferais jamais un podium mondial car c’est un milieu pollué par la triche. Il ne faut pas perdre le plaisir de courir et cela, quel que soit son niveau. Les personnes qui sont victimes d’attouchements doivent oser en parler car plus de 18 ans après les faits, je paye toujours les conséquences de ces problèmes. Les filles qui sont dans mon cas doivent parler et aller au bout des choses.

Que pensez-vous du milieu de l’athlétisme ?

L’athlétisme, comme beaucoup d’autres sports, n’est pas à l’abri du dopage et la triche est souvent présente. Quand on pratique l’athlétisme à haut niveau depuis des années, on voit bien que tout n’est pas rose. Je pense que la pratique en amateurs procure plus de plaisir au niveau régional avec une bonne ambiance plutôt que d’aller aux Championnats du monde. J’ai pris pour ma part plus de plaisir devant mon public sur une petite compétition plutôt qu’aux Mondiaux où nous sommes des objets suivis par des sponsors.


Photo à la Une : (@DR)

Timothée de Fraguier

Passionné de sport féminin depuis ses débuts dans le journalisme, Timothée de Fraguier a décidé de rejoindre l'équipe du Sport Au Féminin en septembre 2019. Aujourd'hui rédacteur pour notre site internet, il apprécie la mise en avant des résultats sportifs féminins.

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