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Exploit – Nouria Newman a descendu le Saut du Doubs : « J’ai eu l’impression d’atterrir dans un jacuzzi géant »

La kayakiste de l’extrême Nouria Newman a réalisé la semaine dernière une performance extraordinaire : descendre le Saut du Doubs, une cascade de plus de 20 mètres ! Pour Le Sport au féminin, elle est revenue sur la préparation qui l’a conduite à accomplir cette incroyable chute.

Le Saut du Doubs est l’une des chutes les plus verticales en Europe, rarement accessible et praticable. Cela faisait plusieurs années que vous attendiez de pouvoir la descendre. Qu’est-ce qui a fait que le 3 février, c’était LE bon jour ?

Le Saut du Doubs, c’est une chute avec une marche en pierre au milieu. Pour pouvoir la descendre, il faut donc que l’eau passe bien par-dessus la marche car sinon le kayak viendrait s’y écraser. En plus de cela, s’il n’y a pas le débit nécessaire dans la cascade, la réception se fait sur de l’eau plate, dure. Ce qui serait très douloureux. Pour pouvoir descendre le Saut du Doubs, il faut donc un niveau d’eau assez élevé.

Cela faisait plusieurs années qu’on essayait de savoir s’il y avait du fond et quel était le bon niveau d’eau pour pouvoir sauter. Cet automne, il y a trois jeunes Français qui ont trouvé quel était ce niveau d’eau et ils ont donc ouvert la voie. Depuis, on sait donc de quel niveau d’eau on a besoin pour pouvoir la descendre. Donc maintenant à chaque fois qu’il pleut, on regarde les courbes hydrométriques suisses pour savoir s’il y a une possibilité d’y aller.

Et vous, quand est-ce que vous avez pris la décision d’y aller ?

Ces dernières semaines, il a beaucoup plu. Je regardais donc régulièrement les niveaux d’eau. La semaine précédente il y avait encore trop d’eau mais je vérifiais les données hydrologiques à peu près toutes les vingt minutes. Lorsque j’ai estimé que c’était bon, j’ai monté une petite équipe de dernière minute : deux locaux qui pratiquent le canyoning et qui nous ont aidé pour la logistique sur place, une amie guide de haute-montagne qui a fait 9h de route pour venir mettre en place une sécurité encordée et enfin un pagayeur suisse, Lukas Gysin qui a fait la descente avec moi et avec qui on pouvait mutuellement s’assurer la sécurité depuis l’eau.

Qu’est-ce que vous avez ressenti pendant la chute ?

Pendant la chute, il ne se passe pas grand-chose en fait (rires). Je l’avais beaucoup analysée avant et donc lorsque j’étais dedans, je pensais vraiment uniquement aux mouvements que je devais faire. Il n’y a donc pas de peur ou d’excitation, c’était assez neutre. En revanche, avant, j’ai ressenti de la peur bien sûr et juste après, j’ai eu des montées d’adrénaline. Et je me suis mise à crier parce qu’il fallait que ça sorte.

Quelques heures après une telle chute, le corps doit être douloureux …

Le plus gros danger sur une chute, c’est toujours de faire un plat. Un peu comme en plongeon : si on saute d’une falaise et qu’on arrive mal, on fait un plat qui fait mal. Mais si on arrive dans la bonne position, tout va bien. Là, c’est exactement la même chose. Si on se réceptionne mal, il y a un risque assez élevé de compression sur les vertèbres, ce qui peut être très douloureux.

D’autant que sur une chute, on passe en très peu de temps d’une vitesse de 60-80 km/h à une vitesse quasiment neutre lorsque l’on retrouve le plat. C’est donc assez violent pour le corps. Mais là sur cette chute, je n’ai eu aucune douleur parce qu’il y avait un gros niveau d’eau et donc la réception était très bien aérée. Et quand c’est aéré comme ça, ça fait comme des coussins d’eau. J’ai eu un peu l’impression d’atterrir dans un jacuzzi géant.

Après cette formidable performance, quel est votre prochain challenge ?

Étant donné qu’il pleut, je vais peut-être pouvoir retenter le Saut du Doubs bientôt (rires). Sinon, je pars aux Etats-Unis et au Canada à la fin du mois. D’abord, dans l’état de Washington pour m’entraîner. Là-bas, il y a de bonnes chutes qui fonctionnent bien en ce moment, avec un large choix. Je vais donc pouvoir opter pour des chutes à hauteurs variées avec des entrées pas trop techniques ou au contraire très techniques, etc. L’objectif c’est ensuite d’aller faire des grosses chutes situées au Canada, dans la province de l’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest.


Photo à la Une : (@DR)

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