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Kayak : Interview avec Phénicia Dupras, championne du monde de descente

Multiple médaillée par équipe et surtout championne du monde en descente de kayak sprint, Phénicia Dupras est un véritable phénomène. La licenciée du Canoë-Kayak Club de la Vallée de l’Ain s’est confiée pour Le Sport au Féminin avant ses prochaines échéances. Extraits.

Phénicia Dupras. Si ce nom de vous dit rien, cela ne saurait tarder, car il s’agit de l’une des meilleures kayakistes de la planète. À seulement 23 ans, l’Ambrunoise a obtenu le titre de championne du monde en descente de kayak sprint en Espagne. Vainqueur dans la catégorie des K1, la Tricolore, également championne de France, ne manque pas d’ambitions pour la suite de sa carrière. Avec un petit rêve dans un coin de la tête. Extraits.

Comment s’est déroulé votre stage de préparation en Corrèze ?

Nous sommes partis là-bas une semaine pour repérer le bassin avant les sélections, car on fait un sport sur des milieux naturels, on a besoin de repérer toutes les rivières. Ça s’est très bien passé. Dans l’objectif de savoir l’état de forme actuel avec les courses de sélections qui arrivent en se testant physiquement et ajuster la préparation. Il faut aussi faire des vidéos, prendre des repères et savoir où on va passer. On doit aussi faire beaucoup d’analyse et de lecture pour se préparer avant les sélections et être le plus rapide possible lors de la course. Chaque année, selon les lieux des sélections pour les Championnats du monde, on essaye de se rapprocher au plus proche de la course sur laquelle on va s’aligner lors de la compétition.

Quel est votre programme pour les prochaines semaines ?

J’ai un gros mois qui m’attend. Au niveau scolaire, je passe le concours pour être professeur d’EPS début mars et une semaine après, il y a le début des sélections en équipe de France pour les Mondiaux. On va faire un peu de récupération mais aussi affilier la préparation avec une longue période d’affûtage au niveau de l’entraînement. Du 18 au 20 mars, la présélection pour les Mondiaux aura lieu en Corrèze. Ça va être compliqué car les critères ont changé cette année. On peut amener trois bateaux d’habitude et cette année seulement deux filles iront aux Mondiaux pour les Bleues. Ils en prendront plus chez les hommes. Pour y aller, il faut soit gagner soit la classique, soit le sprint qui est plus ma spécialité. Il faut que je gagne une course pour aller aux Championnats du monde qui sont programmés en avril aux États-Unis.

Phénicia Dupras médaillée d’or lors des Championnats du monde de descente

Quels souvenirs gardez-vous de votre titre de championne du monde remporté l’année dernière ?

C’est un excellent souvenir. J’étais très heureuse et enthousiaste. C’était un moment un peu unique. C’était une journée d’attente, car il y a eu des phases de qualif’ assez longues puis la finale le samedi à 17h. J’étais dans le stress tout la journée, avec la boule au ventre. J’avais envie, mais c’était dur d’attendre. Au fur et à mesure de l’échauffement, j’ai fait un travail pour me concentrer et tout donner après plus d’un an de préparation. Quand j’ai passé la ligne d’arrivée, il restait sept concurrentes, mais j’étais déjà hyper soulagée, car j’avais donné le meilleur de moi-même. Je savais que j’avais fait mon truc et que je n’avais rien à regretter. Petit à petit, je vois que les filles passent derrière moi et déjà en sachant que j’allais être médaillée, j’avais les larmes au jeu. Et quand j’ai su que j’avais gagné, j’étais surexcitée pendant une heure. J’ai eu pas mal de déception et réussir cette performance a été énorme. Je pensais à cette victoire depuis longtemps et je suis passée à côté de nombreuses courses. J’ai aussi été entourée de nombreuses personnes. C’était une sensation incroyable.

Est-ce au-delà de l’exceptionnel d’être à 23 ans, sur le toit du monde ?

Non, ce n’est pas exceptionnel. Je ne dirais pas ça. Il y a quand même pas mal de jeunes qui arrivent à percer même avant cet âge-là. C’était un moment exceptionnel pour moi et à mon échelle. J’ai gagné, mais ça me fait penser à des petits de mon club que j’ai rencontré après les Championnats du monde qui ont dit à leur maîtresse d’école : « une fille d’Ambronay championne du monde, ça n’existe pas. » Mais c’est mon parcours et ma conviction qui m’ont permis d’en arriver là. Je suis heureuse de ça à mon échelle.

Vous ne participerez pas aux Jeux Olympiques car votre discipline n’est pas olympique. Est-ce un regret pour vous ?

Ce n’est pas un regret parce qu’il y a des côtés assez positifs. Ça reste du coup un sport où il n’y a pas forcément les dérives que peut avoir le sport olympique. Je parle par exemple de dopage, d’argent ou de sujets de ce type. C’est un peu loin de tout ça et je trouve la descente sans prise de tête. Nous sommes dans des éléments naturels et ça ne pourrait pas être compatible aux Jeux Olympiques. Les instances ont beaucoup bataillé pour que ça soit aux JO, mais notre discipline a évolué pour que ça soit conforme aux conditions olympiques. Mais il faut aussi savoir qu’ils cherchent à réduire le nombre d’athlètes et de médailles plutôt qu’à les augmenter. Notre discipline ne touche pas assez de pays. La descente en kayak est très développée en Europe, mais pas dans d’autres continents. Je n’ai jamais vécu ça comme un manque ou regret. Si je veux vraiment aller aux jeux, j’ai aussi la possibilité de faire de la course en ligne.

La jeune tricolore en pleine concentration lors de sa course

Votre avenir passera-t-il par un changement de discipline ?

Il y a beaucoup de gens qui viennent de la descente et qui ensuite vont faire de la course en ligne. Ce n’est pas incompatible. Je pourrais petit à petit aller vers cette discipline, mais j’adore tellement l’eau vive et la descente que j’hésite. La course à ligne pourrait me permettre d’aller aux Jeux Olympiques et de participer à ceux de Paris 2024. J’ai déjà fait des sélections dans cette discipline, mais au fil de la saison, je m’étais rendu compte que c’était difficile de faire les deux (descente et course en ligne) en même temps. La Fédération veut que l’on se concentre vraiment sur une discipline en particulier. Je préfère faire de la descente pour le moment, mais je laisse une porte ouverte pour le futur.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite de votre carrière ?

Tout simplement d’être heureuse et de continuer à progresser. Je veux franchir des caps et me faire plaisir sur les compétitions. Si c’est en bonne voie, tout suivra ensuite. Je veux seulement gravir les étapes les unes après les autres. Je veux toujours donner le meilleur de moi-même pour tenter d’être la mieux classée possible.


Photo à la Une : (@FFCK/ KMSP/ M. Blondeau)

Timothée de Fraguier

Passionné de sport féminin depuis ses débuts dans le journalisme, Timothée de Fraguier a décidé de rejoindre l'équipe du Sport Au Féminin en septembre 2019. Aujourd'hui rédacteur pour notre site internet, il apprécie la mise en avant des résultats sportifs féminins.

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