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Laure Delaroche : « L’avantage de l’Esport, c’est qu’on peut s’y lancer sans contraintes par rapport au sexe »

Ce week-end, l’équipe féminine de League of Legends Out of the Blue a été sacrée championne du monde lors du Girlgamer Esports Festival. Nous nous sommes entretenus avec l’une des deux Françaises de l’équipe, Laure Delaroche.

Tout le monde la connaît sous le pseudo « Shiny ». Cette gameuse de 23 ans vient de remporter son premier championnat du monde à Dubaï avec son équipe Out of the Blue. Composée de joueuses françaises, allemandes, suédoises et polonaises, ce premier trophée laisse présager un bel avenir pour cette équipe. Dans cet entretien, elle évoque son parcours, les Championnats du monde, ses objectifs personnels ou encore son regard sur l’Esport féminin. Extraits.

Laure, pouvez-vous vous présenter à ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

J’ai 23 ans, j’habite à Toulouse et je joue à League of Legends depuis environ huit ou neuf ans. Je suis joueuse professionnelle à plein temps depuis le jour où j’ai rejoint l’équipe Out of the Blue, sponsorisée par Airbus, il y a un peu plus de 2 ans (le 17 décembre 2017). À la base, j’ai participé à l’ESWC 2015 (célèbre compétition de jeux vidéo) à la Paris Games Week avec l’équipe GGCN ladies, où nous avons fait Top 2. Depuis j’ai continué à jouer sans équipe, car j’étais en études et j’avais un boulot à côté. Mais ça m’a donné le goût de la compétition et j’étais aux anges quand une ancienne membre de l’équipe de GGCN, Ayunie (l’autre française de l’équipe Out of the Blue, remplacée par Freyja en 2019) m’a contacté pour me demander si je voulais rejoindre OOB. Ayunie était une membre originelle de l’équipe OOB et elle était notre Top laneuse (poste à jouer sur League of Legends) jusqu’à décembre 2019.

Qui est Out of the Blue et comment avez-vous rejoint l’équipe ?

C’est une équipe dont l’association est basée à Toulouse en France, mais nous ne sommes que deux joueuses françaises ainsi que notre coach. Les autres viennent d’Allemagne, Suède et Pologne. Donc nous nous entraînons en ligne cinq fois par semaine ensemble le soir. Le reste du temps c’est training en solo pour maintenir notre niveau personnel. OOB étant la première expérience en matière d’Esport pour Airbus, le recrutement s’est fait par bouche à oreille, contacts, etc… Ils voulaient aussi s’assurer de recruter des joueuses motivées et qui puissent facilement s’intégrer dans une dynamique de travail compétitive. Ayunie a pensé à moi car nous avions déjà joué ensemble, elle connaissait mon niveau et mon attitude en équipe, ensuite ça a été des entretiens avec l’équipe d’OOB, et comme tout collait bien pour tout le monde, j’ai signé et intégré le premier roster !

Vous venez de remporter les Championnats du monde. Quels sentiments cela vous procure ?

Je suis très heureuse ! Mais surtout soulagée de voir le travail et les efforts payer ! On se prépare pour ce tournoi depuis plusieurs mois et perdre aurait été très décevant. On essaye de toujours accepter la défaite et d’en tirer parti, mais là c’était vraiment important pour nous de se dépasser ! Et puis ça concrétise aussi tout ça, et ça motive pour la suite.

Maintenant, quel va être le prochain rendez-vous pour OOB ?

Je ne suis pas sûre, je ne crois pas que ce soit encore confirmé pour le moment. Je dirais potentiellement la Women Esport League et puis le Girl Gamer Festival encore une fois. Pour cette année, ce serait nos plus gros tournois sur la scène féminine. Ensuite, on verra si on en fait d’autres ou si d’autres sont annoncés. On continuera à s’entraîner comme d’habitude d’ici là pour ne pas perdre de niveau. Si on peut jouer dans une League nationale ce serait chouette aussi. Mais malheureusement, il faut un minimum de trois résidents dans un même pays et nous n’en avons qu’un ou deux.

Individuellement, quels sont vos objectifs dans le futur ?

Continuer à m’entraîner, voir jusqu’où je peux aller. C’est difficile à dire car je préfère me concentrer sur le futur proche, mon équipe actuelle et les compétitions à venir, que d’essayer de voir trop loin. Je préfère consolider mes bases actuelles et avancer, voir jusqu’où cela me mènera. Si je dois arrêter un jour, ce sera un retour aux études. Sinon j’espère une carrière satisfaisante. Je ferai tout pour y arriver.

Un dernier mot sur l’Esport féminin. La discipline se développe beaucoup en France, mais on met surtout en avant les hommes. Qu’en pensez-vous ?

Pour moi, L’Esport est un environnement « safe », qui sert à donner de la crédibilité à ses participantes, et petit à petit, amener vers l’égalité en normalisant la présence des femmes dans ces milieux. L’avantage de l’Esport, par rapport au sport, c’est qu’on peut permettre aux joueurs de s’y lancer sans contraintes biologiques par rapport à l’autre sexe. Et donc d’effacer la notion de genre pour ne se concentrer que sur la personne, son travail et ses accomplissements. Je ne peux pas blâmer qu’on puisse mettre plus les hommes en avant, car on parle de la scène mixte, mais comme il n’y pas de femme y jouant pour le moment… Mais je ne doute pas que ça arrivera un jour ou l’autre. Je vois beaucoup plus de femmes sortir de l’ombre et assumer d’avoir comme projet de jouer en compétition, chose qui aurait paru étrange rien que dix ans auparavant. Après, je ne me revendique pas comme activiste de la cause des femmes dans l’Esport, même si j’en fais partie involontairement du fait de la nature de mon équipe. Mais pour moi, ce n’est qu’un boulot qu’on m’a proposé, et il s’est avéré que c’est une équipe féminine donc j’ai pas vraiment d’avis sur le reste je pense juste que ça fait son chemin. J’aimerais que le genre ne rentre pas en compte dans ce milieu.


Photo à la Une : (@DR)

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