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La vie d’artiste de Josephine Henning (interview)

Retirée des terrains depuis près de deux ans, Josephine Henning a opéré un changement de vie professionnelle radical en devenant artiste peintre. En cette période de confinement, elle revient pour nous sur sa nouvelle vie et les actions de charité qu’elle organise mais également sur sa carrière et sur le manque de visibilité des femmes inspirantes.

Tout d’abord, comment vous sentez-vous en cette période de crise sanitaire ? Est-ce que tout va bien pour vous ?

Je suis en bonne santé, tout comme ma famille et les gens que j’aime. C’est le plus important. Je ressens aussi une vague de solidarité. J’espère juste que cela se poursuivra même après la disparition du virus. Cela fait beaucoup de bien de sentir une telle humanité. 

L’art et la générosité comme moteurs

Vous êtes retirée des terrains depuis près de deux ans. Pouvez-vous nous expliquer quelle est votre nouvelle activité depuis ?

Trouver un moyen qui permette de s’exprimer – que ce soit le sport, l’écriture, l’art, … – est quelque chose de précieux. Aujourd’hui, je suis artiste. Je peins essentiellement des toiles à l’acrylique. Je réalise des commandes mais je travaille également sur mes propres créations, comme une statue composée uniquement de chaussures de football ou dernièrement un projet qui s’appelle Matchpaintings.

Je suis aussi membre de la fondation pour la culture de notre Fédération – qui mêle les deux meilleurs domaines au monde : le sport et l’art, … bon et puis la musique aussi, bien sûr ! Ce que j’aime dans le fait d’être une artiste, c’est que cela m’autorise à aller dans plein de directions différentes. Et me permet d’allier différents sujets – pour moi c’est vraiment une profession des plus sincères et ouvertes.

Cela a toujours été évident qu’après votre carrière de footballeuse, vous feriez de l’art votre métier ?

Oui, j’ai toujours ressenti qu’à un moment donné, il pourrait y avoir une inversion et que l’art deviendrait ma priorité numéro une !

Sur Instagram, vous partagez régulièrement vos projets Matchpaintings, des peintures réalisées pendant des matchs, au stade. C’est vous qui choisissez les matchs que vous allez peindre ou bien ce sont les clubs qui vous sollicitent ?

J’ai commencé ce projet en choisissant moi-même les matchs, les stades et les clubs ; en essayant de retranscrire l’atmosphère et les émotions, en les transposant sur la toile. C’est un peu comme du théâtre d’improvisation. Après les premiers Matchpaintings à Madrid, Cologne et Braga, j’ai eu de nombreuses demandes e la part d’autres clubs. J’ai eu plusieurs matchs planifiés durant les 4 mois suivants, en Allemagne, en Suède, en Italie et aux Etats-Unis. Mais, étant donné la situation actuelle, aucun ne devrait avoir lieu. Sinon, la statue que j’ai conçue est actuellement exposée au FIFA MUSEUM à Zürich, mais bien sûr le musée a également dû fermer ses portes. 

Mais je ne suis pas la seule à avoir des problèmes, il y a tellement d’entreprises et d’auto-entrepreneurs qui doivent trouver de nouveaux moyens de travailler et de nouvelles solutions…C’est pour cela qu’actuellement, je prévois d’organiser un concours de peinture pour les enfants qui sont confinés chez eux.

Quels sont les endroits où l’on peut acheter vos œuvres ?

Pour le moment, sur Internet, sur mon site : josephinehenning.art

D’ailleurs, je souhaite profiter de cette interview pour remercier tous ceux qui soutiennent mon travail artistique depuis 2 ans – même si ce n’est que par un simple message d’encouragement.

Il y a quelques mois, vous avez également organisé une action très généreuse en proposant de donner vos maillots à vos fans, en échange d’un don de leur part à l’association caritative de leur choix. Comment vous est venue cette idée ? Savez-vous combien d’argent a pu être récolté grâce à votre initiative ?

Je crois qu’au total, nous avons obtenu 5 400€, qui ont pu être distribués à différentes ONG et projets. Je n’avais « que » 50 maillots à donner mais beaucoup de personnes m’ont indiqué qu’elles souhaitaient tout de même faire un don, sans avoir de maillot en échange. Et c’est ce que je retiens de cette opération… la moindre « étincelle d’amour » que l’on propage provoque un mouvement plus grand et encore un autre plus grand, etc.

Parfois, quand on veut avoir un impact en aidant ou en prenant position pour quelque chose, on ne sait pas toujours par où commencer. Le monde paraît si grand que de temps en temps, on peut tomber dans le piège de se dire « Est-ce que cette petite action va changer quelque chose ? ». Mais si on arrivait à se rappeler régulièrement à soi-même que toutes les choses et toutes les personnes sont connectées, je crois que l’on pourrait utiliser ce pouvoir vraiment plus souvent.

L’évolution du football féminin

Le football féminin gagne de plus en plus en visibilité. Est-ce que de votre point de vue, vous notez de grands changements entre la période où vous étiez joueuse et aujourd’hui ?

Les grands changements sont toujours un mensonge. Ça ne se passe jamais en une nuit ou même en une année. C’est une transformation – une rivière qui se créée un chemin. Beaucoup de choses ont et sont en train de changer, grâce à tant de personnes extraordinaires qui travaillent dans le milieu du football féminin, qui ont des idées et envie de créer un business autour de ce sport avec une réelle passion. J’espère sincèrement que nous réussirons à conserver cet esprit quand nous mènerons le combat du professionnalisme et du marketing.

Quel joueur/joueuse admirez-vous le plus aujourd’hui ? 

J’admire les joueurs qui m’inspirent en tant que personne. Il n’y en a pas un en particulier. D’ailleurs, ce sont surtout des femmes – et j’aimerais que l’on puisse mettre plus en lumière leur dévouement, leur loyauté et leur générosité.

Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?

On me poste régulièrement la question et d’habitude, je réponds « ma première finale de Ligue des champions à Madrid » ou « ma médaille olympique à Rio ». Cependant, je pense que la vraie réponse à cette question est : « Maintenant ! ». C’est d’avoir la possibilité de se remémorer tous ces moments et pouvoir m’en servir pour construire de nouveaux projets. Je ne vis pas dans le passé mais je sais que je n’oublierai jamais tout cela. J’ai pu d’emmagasiner tellement d’expérience et grandir en tant que personne… désormais je peux m’en servir dès que j’en ressens le besoin.


Photo à la Une : (@DR)

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