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Athlétisme : Colette Besson, la cavale brune

Pause sportive inédite imposée, c’est l’occasion de faire un zoom rétro sur ces sportives françaises qui ont marqué l’histoire. Après un premier épisode qui est revenu sur les traces de Céline Dumerc, c’est le moment de traverser les époques et de se replonger sur le parcours ébouriffant de la « Petite Fiancée de France » : l’athlète Colette Besson, championne olympique aux JO de Mexico 68.

Les monstres sacrés du sport, l’athlétisme français en a connu. De Mimoun à Pérec, de Drut à Lavillenie, ces noms sont inscrits à l’encre indélébile dans le mémorial des légendes tricolores. Que ce soit autant du côté masculin que féminin, le panthéon des athlètes est équitablement bien rempli. Arron, Barber, Hurtis, Robert Michon, ces multi-médaillées ont, dans l’ère moderne, permis à la France de prolonger son séjour parmi les nations fortes de l’athlétisme mondial. Et si Marie José Perec, triple championne olympique dans les années 90 sur 400 et 200 mètres, semble avoir tout pour être considérée comme la pionnière de l’athlétisme féminin dans l’Hexagone, il ne faut pas oublier qu’avant elle, les Bleues ont déjà connu une reine absolue du tour de piste. Une championne qui, elle aussi, a fait l’exploit de marcher sur le monde. En courant.

Sous le soleil de Mexico

Il est 17 heures passées, dans le cultissime Stade Atzèque de Mexico. Il ne reste plus que quelques épreuves, avant le départ de ce qui est en ce temps considéré comme l’épreuve reine en athlétisme. Le 400 m. Chez les femmes, une Britannique de 20 ans, Lilian Board, fait office de favorite, même si la concurrence américaine et soviétique ne compte pas se laisser faire. Côté Tricolore, c’est une toute jeune athlète, licenciée au Bordeaux Étudiants Club, qui va se présenter au couloir 5. Colette Besson, 22 ans, est proche de la crise de panique lors de sa séance de préparation. A ses côtés, son entraîneur, Yves Durand Saint Omer tente tant bien que mal de la rassurer, et lui propose une partie de Rami.

La Française le sait, pour espérer créer l’exploit sur cette course, elle va devoir sortir son meilleur jeu. Il faut dire que c’est déjà une formidable surprise de la voir atteindre la finale, elle qui ne possédait que le vingt-troisième meilleur chrono des engagées (53,8 s). Mais après avoir égalé le record de France de Monique Noirot en séries (53,1 s), de nouvelles perspectives se sont ouvertes, pour celle qui jusque là, connaissait une carrière en demi-teinte. Et c’est bien le Jour J qu’elle va se faire un nom.

Colette Besson aura marqué l’histoire de son sport

Nourrie par la frustration 

Il faut dire que Colette Besson, née en 1946 à Saint-Georges-de-Didonne, (Charente-Maritime) a enchaîné les déceptions lors de ses premières années. Ayant commencé l’athlétisme sur le tard, à 16 ans, cette maîtresse d’éducation physique démarre pourtant sa carrière tambour battant, en se qualifiant dès 1966 pour les Championnats d’Europe de Budapest. Mais, pas vraiment aidée par sa collaboration avec son entraîneur de toujours, Yves Durand Saint Omer – un coach aux idées novatrices en froid avec la fédération française – elle se fait au dernier moment annuler sa sélection. Une sentence amère, et injuste. Besson en est même à deux doigts d’abandonner sa carrière.

Mais la charismatique brunette a déjà pour elle la popularité. Poussée par des milliers de fans qui lui envoient des lettres d’encouragement à la suite d’un article du journaliste l’Equipe Antoine Blondin, la jeune femme se rebiffe. Et part pour Font-Romeu, dans les Pyrénées, avec son entraîneur. L’objectif : un travail de fond intensif pour les Jeux de Mexico 1968. 

La résilience pour le triomphe

Après quatre mois et demi passés en altitude, Besson est fin prête. En juillet 1968, elle valide sa participation pour les Jeux grâce à sa victoire sur 400m aux Championnats de France en 54,3 secondes. Le rêve est enfin atteint. Colette Besson va participer à une grande compétition internationale sous la bannière bleue, qui plus est pour les Jeux Olympiques. Même si son entraîneur, sans accréditation de la fédération française, va devoir user de stratagèmes pour pouvoir suivre son athlète lors de la compétition. De son vécu chaotique, le duo va en faire une véritable force. C’est sur cette dynamique que Besson aborde cette finale.

Dans la forme de sa vie, elle sait que l’occasion ne se représentera peut être plus. Et si peu de monde la voit ne serait-ce qu’accrocher une breloque, elle n’en a que faire. Son mental d’acier va faire la différence. Au départ, on sent pourtant la Française encore annihilée par la pression. À l’abord du dernier virage, elle n’est qu’en cinquième position. Mais parfois, l’irréel prend, le temps d’un instant, le dessus sur la performance sportive. De sa dernière ligne droite, Colette Besson va en faire un récital. 

Le podium de Colette Besson lors des Jeux Olympique 1968 à Mexico

Pour la postérité

Lilian Board, assumant son rôle de favorite est encore loin devant, à 50 mètres de la ligne. Mais le formidable retour de la Tricolore, en plein élan après avoir avalé trois adversaires en seulement quelques foulées, sera inévitable. Pour un souffle, Besson s’impose, et bat son propre record de France (52,0 s). La jeune femme a écrit l’histoire, et devient seulement la deuxième athlète française médaillée d’or aux Jeux Olympiques, après la lanceuse de poids et de disque Micheline Ostermeyer (double médaillée d’or en 1948).

Le triomphe est unique, et le chemin de croix qu’a dû traverser Colette Besson pour y parvenir le rend encore plus savoureux. La France entière, alors en pleine rébellion contre son propre système, exulte. De Gaulle lui même célébrera la victoire, et remettra la légion d’honneur au retour de la championne. Colette Besson, baptisée « la petite fiancée de France » par l’Equipe, devient la coqueluche des Français. Son hégémonie sera pourtant brève, stoppée nette un an plus tard aux Championnats d’Europe d’Athènes, où elle est devancée par une autre Française, Nicole Duclos, nouvelle recordwoman du monde du 400 mètres.

Mais après tout, peu importe. Besson avait déjà réalisé l’essentiel. Porter fièrement les couleurs tricolores lors de la plus prestigieuse des compétitions, ouvrant ainsi la voie à des milliers de jeunes coureuses. Dans un premier temps délaissée par l’athlétisme française, elle a bien fini par se faire aimer, aduler à l’unanimité. Car après tout, elle a su se montrer essentielle dans sa construction, en surnageant à une époque où la plus belle des breloques se faisait rare dans le sport français. Il faudra 24 ans pour lui trouver une succession. Oui, avant Perec, il y avait Besson. Une légende de ce sport, une héroïne de la patrie, vénérée sur les pistes de l’Hexagone. Les puristes le lui ont bien rendu jusqu’à sa disparition en 2005. Et continueront de lui rendre, pour la postérité. Et pour la belle histoire.


Photo à la Une : (@DR)

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