Sur la route de Tokyo

Léa Jamelot (Kayak K4) : « Mon monde s’est écroulé »

Membre de l’équipe de France de K4, la kayakiste Léa Jamelot s’est exprimée pour Le Sport au Féminin. La native d’Obernai s’est longuement confiée sur son bonheur de participer aux Jeux Olympiques de Rio et sur sa déception du report des JO de Tokyo cette année. Entretien.

Le coronavirus a brisé les espoirs olympiques de Léa Jamelot pour cette saison. Mais pour l’athlète de 27 ans ce n’est que partie remise ! La kayakiste rêve toujours de Tokyo en 2021 mais aussi et surtout de Paris en 2024 !

« J’avais des paillettes plein les yeux »

Rio ? C’était un rêve de gosse devenu un objectif. J’avais des paillettes plein les yeux. On se prépare pendant des mois et même des années, c’est énormément d’investissement ! Quand on arrive dans le village olympique c’est encore plus dingue. Je me suis sentie tellement chanceuse d’être ici. Croiser Usain Bolt au petit déjeuner, ce sont des choses que l’on n’oublie pas. On redescend vite sur terre, on est là pour un objectif sportif. Il est là le véritable challenge, rester concentrées tout en profitant du moment présent. Un moment comme ça il faut le vivre à fond ! On est arrivées à Rio seulement trois jours avant notre course. On a eu peu de temps pour nous mettre dans le bain finalement. Au début on profitait seulement de l’instant mais plus la course approchait plus on était focus.

Le report des JO de Tokyo

On le voyait arriver. Pour moi c’était la bonne solution. Au début c’était très compliqué, mon monde s’est écroulé. On était en phase de préparation terminale et on rentrait d’un stage en Australie. Les corps et les têtes était fixées sur l’objectif Tokyo. On était présélectionnée dans un bateau en lequel je croyais beaucoup. Pendant 48h j’étais vraiment dégoutée. J’ai dit adieu à l’évènement puis j’ai repris du poil de la bête. J’ai du mal à me projeter sur 2021 car on ne sait pas si ce sera maintenu. Je me projette aussi sur 2024. Des jeux à la maison c’est encore un cran au dessus ! Celui qui est à la tête du projet c’est Tony Estanguet, un kayakiste ! Ce serait une fête vraiment incroyable.

« J’avais l’impression d’être dans la jungle ! »

Je suis arrivée dans le kayak avec une colonie de vacances. On pratiquait dans des gros bateaux en plastique, bien loin de ceux que j’ai maintenant (rires). J’adorais être en pleine nature dans un bateau. J’avais l’impression d’être dans la jungle ! Ensuite j’ai commencé en mode loisir puis quelqu’un m’a proposé d’essayer des bateaux un peu plus pros, plus rapides. Le confinement a clairement exacerbé ma passion. J’ai envie de retrouver le grand air, de naviguer sur des terrains variés, en lac, en mer plate etc. Au début du confinement je me suis dit que j’allais faire une longue pause. J’ai tenu deux jours sans entraînement et encore en allant marcher. Je n’ai pas trop souffert parce que j’avais des extérieurs pour m’entraîner.

« J’ai ressenti un véritable élan de solidarité »

Au niveau des sponsors ça va être compliqué puisque l’on n’est pas des budgets prioritaires. C’est forcément source d’inquiétudes et de questionnement. Il va falloir qu’on discute avec toutes les instances du sport pour trouver une solution. Pour ma part je suis plutôt chanceuse. Mon principal sponsor, qui est aussi mon employeur, m’a confirmé son souhait de continuer à mes côtés. Suite à mon interview à France Info, j’ai une personne qui m’a appelé et qui était prête à m’aider. J’ai ressenti un véritable élan de solidarité. Il ne faut pas être négatif. Oui ça va être compliqué mais au même titre que toutes les entreprises. C’est un challenge de devoir s’adapter à la situation !

L’avenir de l’équipe de France

Notre ambition à toutes les quatre c’était le podium aux JO. On était présélectionnées, c’était très bien parti. Le report va amener pas mal de changements, certaines ne voudront peut-être pas continuer un an de plus. Notre entraînement depuis quatre ans devait atteindre son pic pour cette date précise en août 2020. La Fédération française doit nous organiser une compétition pour qu’on tienne la forme mais on n’est pas sûrs que ce sera possible. On en profite pour voir les choses autrement. J’avais des objectifs vraiment axés sur la compétition. Maintenant j’ai juste envie de progresser et de prendre du plaisir sur l’eau. Avec ce report plein de portes s’ouvrent ! En plus du K4 je pourrais éventuellement travailler pour participer aux épreuves de K2 ou K1. On voit ce que l’on perd mais il faut également voir ce que l’on gagne !


Photo à la Une : (@Léa Jamelot)

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