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Mathilde Andraud : « Le contraste entre le village olympique et les bidonvilles autour était incroyable »

Recordwoman de France de javelot il y a quelques années, Mathilde Andraud s’est récemment retirée du monde du sport. Ses pépins physiques, les Jeux Olympiques de Rio ou encore sa nouvelle vie de kinésithérapeute, elle s’est longuement confiée pour Le Sport au Féminin. Entretien.

Malgré quelques pépins physiques, Mathilde Andraud a eu une carrière riche. La native de Montpellier ne tient d’ailleurs qu’à garder le positif de son expérience au plus haut niveau. Dans nos colonnes, elle s’est exprimée avec bonne humeur sur tous les sujets.

« Au départ, pas grand chose ne m’a plu dans cette discipline »

Quand j’étais petite, j’étais un peu hyperactive. J’étais une casse-cou et je voulais tout faire comme mon grand frère. Au collège, je suis entrée en Sport-étude gym. Je m’entraînais trois ou quatre heures par jour. A la fin du collège j’ai grandi d’un coup et j’ai décidé d’arrêter la gym. Un de mes entraîneurs de gym a décidé de m’emmener sur un terrain d’athlétisme. J’ai touché à tout jusqu’à me rendre compte que j’étais plutôt douée pour le javelot. Au départ, pas grand chose ne m’a plu dans cette discipline. Ce qui m’a donné envie de progresser c’est toute la « stratégie » autour du lancer de javelot. Un javelot ça ne pèse que 600 grammes. Ce n’est pas parce que tu vas mettre une « chiche » monumentale que ça va partir loin. Il faut gérer la vitesse. C’est un geste élégant.

« Je suis un peu inscrite dans les tablettes »

Mon record ? Sur le moment c’était surtout synonyme de sélection pour les Jeux pour moi. Je n’y ai pas vraiment pensé à chaud car pour moi je me voyais faire encore mieux dans les années à venir. Je suis un peu inscrite dans les tablettes mais je ne l’ai jamais vu comme un acquis, plus comme une étape vers quelque chose d’autre. Je n’étais pas censée m’arrêter à ce stade mais mes blessures ne m’ont pas vraiment aidé. Pour le moment, personne ne l’a battu mais je pense qu’il le sera rapidement. Il y a quelques temps, une lanceuse française a fait 63,46 mètres. Moi je suis à 63,54. Si elle ne se blesse pas il n y a aucune raison qu’elle ne batte pas le record. Mais tant mieux ! Ce serait une bonne chose pour l’athlétisme français !

Les Jeux Olympiques de 2016

Les Jeux, j’en garde presque que de beaux souvenirs. C’est un rêve de petite fille. Bien sûr, en tant que sportive, on veut toujours faire mieux. Il y a une petite déception d’être passée à côté de mon concours. J’aurais aimé faire mieux. Ce qui m’a le plus impressionnée c’est de voir tous ces sportifs de plein de pays différents réunis au même endroit. Le contraste entre le village olympique et les bidonvilles autour était incroyable. C’est dingue de voir que malgré le fait qu’il y ait certains sportifs plus médiatisés, on est tous là pour la même chose et on s’entraîne tous de la même manière. Bien sûr c’est impressionnant quand tu croises un Florent Manaudou dans l’ascenseur. Mais au final, ils sont tout aussi contents de te voir que l’inverse.

« Ça s’est compliqué après Rio »

Mes pépins physiques ? Un énorme regret. Ça s’est compliqué après Rio. Après les Jeux, j’ai quitté mon entraîneur et la ville ou j’habitais depuis quatre ans. Je me suis blessée à plusieurs reprises à partir de là. Honnêtement, je pense que c’est un peu dû à une petite baisse de moral. Par contre, j’ai eu la chance de vivre et de m’entraîner en Allemagne. C’était une aventure extraordinaire humainement parlant. Là-bas, j’ai fait beaucoup de progrès, c’est un peu frustrant de ne pas avoir pu les concrétiser. C’est compliqué car j’ai fait pas mal de sacrifices pour ma carrière sportive. J’ai notamment mis de côté ma carrière professionnelle pendant un temps. Mais je ne regrette vraiment rien. J’ai vécu mon aventure pleinement et j’en ai profité à fond.

Le plus beau souvenir de carrière

Le jour de mon record de France, j’avais rencontré la championne du monde allemande en 2013 (Christina Obergföll). Elle était revenue en 2016 après une pause bébé. Elle m’avait proposé d’être ma sparring-partner. Pour moi c’était incroyable. C’est comme si tu jouais au basket et que Lebron James te proposait d’être ton partenaire d’entraînement. On s’est tout de suite très bien entendues. Ça a été un véritable coup de coeur amical. En plus ça nous a profité à toutes les deux. Moi j’ai battu mon record et elle fait la meilleure performance allemande. On allait toutes les deux aux Jeux Olympiques. Si j’avais réussi et qu’elle était passée à côté j’aurais été beaucoup moins heureuse je pense. On s’est poussé l’une et l’autre. Ça nous a d’autant plus rapproché.

Ses nouveaux projets

Je vais me concentrer sur mon métier de kiné. Il y a pas mal de formation que je voulais faire et que je n’avais pas eu le temps de faire pendant ma carrière. J’ai travaillé en France et à l’étranger. Je commence à savoir comment je veux procéder. Là je vais aller travailler en Corse pour rester proche de mon grand-père. Ensuite, dès le mois d’octobre, je commencerai à chercher où me poser et dans quel contexte je pourrais travailler. Je parle anglais donc pourquoi pas travailler et continuer d’apprendre à l’étranger. J’aimerais vraiment travailler pour une équipe sportive. C’est un état d’esprit particulier. Tu fais vraiment partie de l’aventure. Tu ressens les mêmes émotions que les sportifs quand ils gagnent ou perdent. C’est un projet qui me plairait vraiment.


Photo à la Une : (@berniephoto)

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