AthlétismeSur la route de Tokyo

Leila Hadji (Athlétisme) : « J’ai découvert un pays où la femme peut faire du sport ! »

Agée de seulement 22 ans, Leila Hadji sait déjà très bien ce qu’elle veut. A l’origine du projet « Une célébrité, un athlète », la jeune athlète s’est longuement confiée pour Le Sport au Féminin. Ses origines algériennes, son combat pour la place des femmes dans le sport et ses projets, elle n’a éludé aucun sujet. Entretien.

Leila Hadji est arrivée en France à l’âge de sept ans. Rapidement, elle est tombée amoureuse de son nouveau pays mais aussi et surtout de l’athlétisme. Aujourd’hui, tout est clair dans sa tête et la feuille de route de la coureuse de fond est toute tracée, direction Paris 2024.

« J’ai vécu dans la précarité et on m’a beaucoup aidé »

Le projet « Une célébrité un athlète » ? C’est un projet que je suis en train de confectionner pour les athlètes qui évoluent au plus haut niveau. Le but, c’est de sortir les athlètes de la précarité et mettre l’athlétisme et les sports olympiques en général un peu plus en lumière. Pour ce projet, j’ai fait un peu le bilan de ma carrière. J’ai vécu dans la précarité et on m’a beaucoup aidé. J’ai voulu rendre un peu de ce qu’on m’a donné. J’ai fait appel à des personnalités de la télévision qui ont quelques touches dans le sport pour qu’ils deviennent parrains ou marraines de certains athlètes. J’ai déjà reçu beaucoup de retours positifs. Moundir ou Damien Canivez m’ont répondu par exemple. C’est un appel à la solidarité pour que l’on puisse tous briller en 2024.

« On a voulu me placer dans plein de sports différents »

Je suis partie d’Algérie à l’âge de sept ans. J’ai dû traverser un continent entier pour arriver en France. J’ai été à l’école et très jeune on m’a mise sur une ligne de départ. Je ne savais même pas quoi faire. J’ai juste couru, on m’a dit que j’avais gagné. Mais moi je ne comprenais pas. On a voulu me placer dans plein de sports différents mais j’ai tout de suite accroché avec l’athlétisme. Ce que j’ai aimé, c’est que les premières compétitions que j’ai faites étaient mixtes et que j’ai fini devant les garçons. On était sur un même pied d’égalité. Ce n’était pas vraiment possible en Algérie. J’ai découvert un pays où la femme peut faire du sport ! Ça m’a donné énormément confiance en moi. Je me suis dit qu’au final je n’étais pas seulement une femme destinée à rester à la maison.

Son rapport à l’équipe de France

C’est une grande fierté. Avant je n’avais pas la nationalité du coup je ne pouvais participer qu’aux Championnats de France. J’étais comme un lion en cage. C’était vraiment compliqué mais je devais être patiente. Quand j’ai obtenu ma nationalité française, je crois que j’ai participé à toutes les sélections possibles. C’était une grande joie et un véritable soulagement. J’ai découvert l’athlétisme en France. Depuis que je suis petite je m’entraîne ici. On m’a demandé plusieurs fois de courir pour l’Algérie mais pour le moment je suis très bien avec les Bleus. Pourtant, ce serait la solution de facilité. Je pense que je pourrais être sélectionnée plus facilement en Algérie car il y a beaucoup moins de femmes qui courent. C’est une grande chance pour moi de faire partie de l’équipe de France.

« On se sent obligés de gagner »

Paris 2024 ? C’est l’objectif numéro un dans ma tête et dans mon coeur depuis très très longtemps. Je me prépare à fond. On aura tous les Français à nos côtés. Nos familles seront là. Il faudra tout donner parce que des Jeux Olympiques à la maison ça motive tellement. Quand on en parle entre athlètes, on se dit que ça va vraiment être incroyable. On se sent obligé de gagner. Je pense que les fédérations vont se réveiller, que beaucoup d’aides seront mises en place. Les Jeux vont créer un impact économique et sportif très positif. Je n’avais pas vraiment les Jeux de Tokyo en ligne de mire. Je monte crescendo et je compte m’installer dans de nouvelles disciplines. Du coup avec le report, je me dis au final pourquoi pas y participer ? Il ne faut jamais se mettre de limites.

Ses ambitions

Forcément cette année avec le coronavirus c’est un peu flou. Mon schéma est très clair aujourd’hui. J’aimerais participer à des compétitions internationales comme les Championnats d’Europe ou du Monde. Je voudrais bien sûr faire partie des finalistes et me faire la place chez les Seniors. Je ne vois pas pourquoi je n’irais pas aux Jeux Olympiques. En tout cas, j’en ai l’ambition. Avec mon projet aujourd’hui, je voudrais pouvoir accompagner au maximum les athlètes et les faire progresser pour que ça ne se passe plus jamais comme à Doha. Il faut aider les jeunes pour que tous ensemble nous puissions briller du mieux possible pour les prochains Jeux Olympiques. On a envie de travailler main dans la main pour tous aller le plus haut possible.

« L’athlétisme français est encore loin de la perfection »

On pourrait faire mieux bien sûr. Rien qu’au niveau des compétitions déjà, elles pourraient être mieux cadrées. Il faudrait mettre les femmes exactement au même niveau que les hommes. Même au niveau médical, au niveau des infrastructures, on est en progrès. Mais il a fallu attendre qu’il y ait des JO à Paris pour cela. Pour moi, on peut toujours progresser. L’athlétisme français est encore loin de la perfection. Par exemple quand je recherche un meeting, il y en a beaucoup plus pour les hommes. Peut-être qu’il y a moins d’investissements et moins de sponsors pour les meetings féminins. Je ne sais pas trop. Je pense qu’il y a encore beaucoup d’efforts à faire pour que les hommes et les femmes soient réellement sur un pied d’égalité.


Photo à la Une : (@DR)

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