Cyclisme

Des cyclistes dénoncent le harcèlement sexuel de leur directeur sportif : « Je devais lui envoyer des photos de moi en sous-vêtements »

Alors que la cycliste française Marion Sicot a porté plainte pour harcèlement sexuel contre son ancien directeur sportif, de plus en plus de voix s’élèvent contre l’attitude destructrice de certains patrons d’équipe.

« Marion Sicot a décidé de se battre en portant plainte pour harcèlement sexuel contre son ancien manager », déclarait cette semaine son avocat. Comme la coureuse de 28 ans, elles sont nombreuses à se faire entendre et à dénoncer leurs bourreaux. L’Union cycliste internationale (UCI) a d’ailleurs reçu une vingtaine de plaintes depuis deux ans.

Une pression psychologique permanente

Petit à petit, les langues se délient et les révélations tombent. Alors qu’elle était membre de l’équipe belge Doltcini-Van Eyck Sport, Marion Sicot dit avoir été victime des agissements de son patron, comme elle l’a expliqué à Franceinfo. « Chaque lundi matin, je devais lui envoyer des photos de moi en sous-vêtements, devant et derrière. Ensuite, il a voulu des photos encore un peu plus intimes, en string. J’ai refusé. Sa justification, c’est qu’il devait surveiller mon poids. » La jeune femme, contrôlée positive à l’EPO en juin 2019, avait même avoué s’être dopée à cause de l’emprise de son directeur sportif après avoir nié les faits dans un premier temps.

Sa compatriote Chloë Turblin ainsi qu’une dizaine d’autres cyclistes se sont plaintes de faits similaires de la part de leur manager. Bien que l’UCI ait reconnu son comportement inadmissible, l’homme n’a toujours pas été sanctionné.

« On veut briser complètement l’omerta »

Pour de nombreuses coureuses comme Chloë Turblin, de tels agissements peuvent s’avérer destructeurs. « C’était ma vie le vélo. J’ai grandi en faisant du vélo, en me dépassant chaque jour depuis des années. C’est du sacrifice et d’avoir vu ce qui peut se passer à un haut niveau, ça m’a dégoûtée. Je voyais le vélo à l’entraînement, je pleurais, ça a été un cercle vicieux épouvantable. Encore aujourd’hui, malheureusement, j’aimerais pouvoir aimer mon sport comme avant, avoir la même envie, la même motivation. Mais je ne l’ai plus », a confié la jeune femme de 24 ans.

C’est pourquoi une cellule psychologique sera mise en place dès le mois de juillet pour les coureuses françaises. « On veut briser complètement l’omerta, il n’y a pas de honte à avoir. Il faut que l’on éduque les jeunes et les adultes au niveau des relations avec les managers ou les coachs. Il y a certaines limites à ne pas dépasser », a martelé Marion Clignet, présidente de l’Association Française des Coureuses Cyclistes (AFCC). Une aide bienvenue pour des dizaines de jeunes cyclistes bien souvent seules face à de puissants dirigeants d’équipe.


Photo à la Une : (@Getty Images)

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