Athlétisme

Marie José Pérec, la gazelle bleue

Pause sportive inédite imposée, c’est l’occasion de faire un zoom rétro sur ces sportives françaises qui ont marqué l’histoire. Pour ce nouveau portrait, place à la friction des pistes d’athlétisme, qui ont vu éclore au début des années 90, l’une des plus grandes sportives françaises de l’histoire. Retour sur le parcours de Marie José Pérec, la gazelle bleue.

Marie José Pérec, c’est à peu près toute l’armada de l’athlète complète du demi et du tour de piste (200m et 400m). Avec sa silhouette longiligne (60 kg pour 1,80m) et sa très longue foulée, si particulière, la Guadeloupéenne demeure à ce jour l’une des rares étoiles de l’athlétisme française à avoir réussi à devenir une référence internationale dans sa discipline, sur les 30 dernières années. Seule Tricolore doublement titrée aux Championnats du monde d’athlétisme – avec le hurdleur Doucouré et Eunice Barber – elle fait aussi partie du trio doré aux Jeux Olympiques depuis la décennie 90, puisque seuls les deux perchistes Galfione et Lavillenie ont également réussi à ramener l’or olympique. Pérec, c’est une femme charismatique pour une carrière éblouissante. Peut-être LA plus grande de toutes, dans l’histoire du sport féminin tricolore.

Un premier faux-départ

Née en 1968 à Basse-Terre en Guadeloupe, Marie-José Pérec ne s’intéresse au sport que sur le tard. À 14 ans, elle découvre l’athlétisme grâce à la détermination de sa prof d’EPS, Marie-Hélène Soual, qui lui trouve des caractéristiques physiques prometteuses. Lors de sa toute première course, un championnat de jeunes local, elle fait sensation et obtient déjà les minimas pour participer aux Championnats scolaires nationaux, alors même qu’elle n’avait encore jamais mis un pied dans les starting-blocks. Oui, Pérec possède, depuis le départ, un talent inné. Deux ans plus tard, l’Antillaise intègre l’INSEP, où, dans un groupe plus âgé qu’elle, elle se spécialise sur le 200m, sous la tutelle de Fernand Urtebise. Mais cette collaboration se transforme en flop. Peu à l’aise sur la distance, Perec se braque et décide d’arrêter l’athlétisme.

Les premières révélations 

Peu à l’aise dans ses études la jeune femme enchaîne les petits boulots. C’est grâce à son petit ami de l’époque, l’athlète universitaire Richard Nana Dwanang, que Pérec reprend goût aux pointes, en 1987. Entraînée par François Pépin, qui base ses entraînements sur beaucoup plus de dialogue, l’athlète, au caractère très impulsif, se sent beaucoup plus épaulée. Très vite, les résultats arrivent. Dès 1988, elle fait tomber le record de France du 400m aux Championnats de France, puis fait bonne impression à Séoul pour ses premiers jeux où elle se fait éliminer en quarts de finale.

Le premier tournant survient l’année de ses 23 ans. À Tokyo, lors des mondiaux 1991, Perec, qui venait de changer d’entraîneur misant à présent sur Jacques Piasenta l’ex-coach de Guy Drut, fait office de favorite au titre. Même si elle est soumise à un grand stress, qui, depuis le début de sa carrière, l’handicape énormément à l’approche des compétitions majeures, la Française passe les tours sans sourciller. En finale, elle devance sa rivale allemande, Grit Breuer, et s’impose en 49s13, nouveau record de France – qui constitue toujours aujourd’hui la 8e référence la plus rapide de l’histoire sur 400m féminin.

Égaler Besson, l’objectif premier

À l’aube de l’année 1992, Marie José Pérec est devenue une star de l’athlétisme mondiale. Première championne du monde d’athlétisme de l’histoire du sport tricolore, l’athlète surnage dans une discipline qui voit le déclin progressif des athlètes soviétiques et est-allemandes depuis la chute du bloc de l’est. Barcelone arrive à point nommé. 24 ans après Besson, dernière championne olympique d’athlétisme de la délégation française, qui plus est sur 400m féminin, Perec a une occasion en or de passer un nouveau cap. Sa rivale de Tokyo, Breuer, est suspendue pour dopage et la Russe Bryzgina, tenante du titre, revient à peine d’un congé maternité. Pourtant, en finale, le duel a bien lieu. Devancée par son adversaire à 100m de la ligne, Perec fournit un dernier effort monumental pour coiffer Bryzgina à 20m de la ligne et s’envoler vers sa première breloque olympique. C’est maintenant certain, Pérec, championne du monde en titre et championne olympique, est assurément au sommet.

Marie-José Pérec aura réussi à marquer l’histoire de son sport

Le sprint, une transition peu aisée

1993 est un nouveau tournant dans la carrière de Marie-José Pérec. Arrivée au plus haut, elle cherche une nouvelle source de motivation et se tourne vers le 200m, course qui ne lui avait pas réussi à l’adolescence. Non alignée sur 400m pour les Mondiaux de Stuttgart, elle perd son pari puisqu’elle termine au pied du podium sur le demi-tour de piste. Fâchée avec son entraîneur, elle rejoint dès 1994 le grouoe HSI, dirigé par l’américain John Smith, beaucoup plus axé sur le sprint. En Californie où elle part s’entraîner, Perec se redécouvre et retrouve un anonymat qui lui convient parfaitement. Malgré ce changement de cap, Perec se reconcentre sur le 400m pour les Mondiaux de Göteborg où elle s’impose en moins de 50 secondes (49,28s) battant notamment celle qui va devenir sa rivale la plus coriace, l’Australienne Cathy Freeman.

Atlanta 96, la gloire à son summum

1996 est l’année de la consécration. Voyant qu’elle arrive à rapidement progresser sur 200m, Pérec et son coach décident en secret de doubler les épreuves 200m-400m pour les Jeux d’Atlanta. Des Jeux très particuliers, puisque la Guadeloupéenne est désignée porte-drapeau de la délégation française. Formidable depuis le début de saison, Perec compte repousser les limites chronométriques. Sur 400m, elle flambe : 48s25 en finale, meilleure performance depuis 1985 et les 47s60 si irréels de Marita Koch. Cette victoire est inédite, aucun(e) athlète n’avait jusque là réussi à conserver son titre olympique sur 400m. Trois jours plus tard, la Tricolore de 28 ans se trouve face à un improbable défi.

Opposée à de nombreuses sprinteuses qui sont montées du 100m, comme Onyali ou Ottey-Page, la gazelle bleue, moins rapide, va devoir cravacher en finale du 200m pour prétendre à une breloque. La clé va se jouer sur son formidable retour dans les 50 derniers mètres quand les pures sprinteuses seront déjà en bout de course. La course est anthologique. Et pour les Bleues, c’est un rêve éveillé. En signant un formidable 22s12, temps assez impressionnant au vu de l’enchaînement des courses, Marie-José Pérec fait un triomphe total en Géorgie, à l’instar de Michael Johnson, la superstar américaine qui a également réalisé le doublé 200m/400m chez les hommes.

Les blessures et le déclin 

Méforme et blessure à la cuisse en 1997, mononucléose en 1998, qui sera finalement diagnostiquée comme étant le virus d’Epstein-Barr : Pérec ne parvient pas à rester dans ses standings. Et dans un sport où tout se joue à la condition physique, forcément, les doutes surviennent alors sur la possibilité d’une fin de carrière. Incapable de disputer les Mondiaux 1999, l’athlète de 31 ans souhaite tout de même pousser jusqu’à Sydney 2000 où elle compte coûte que coûte défendre son titre. C’est aussi ça Marie José Pérec. Une battante que les aléas de la vie n’ont pas forcément épargnée, mais qui, épaulée par des prouesses physiques hors-normes, pouvait compter sur un mental de battante.

Mais parfois, il faut savoir dire stop. Même pour les meilleures. Ses derniers Jeux ne resteront pas un bon souvenir. Fortement médiatisée pour sa comparaison avec la locale Cathy Freeman, l’athlète aborigène, idole du peuple qui aura l’honneur d’allumer la flamme olympique, Perec craque. Voulant éviter les regards, elle quitte le village olympique et se cloître dans un hôtel de Sydney qui n’échappera pas à l’œil de la presse. Incapable de supporter cette pression accablante, la triple championne olympique quitte l’Australie la veille des séries du 400m. Un énorme coup dur pour la délégation française, qui, malgré sa récession, voyait toujours en elle la patronne de l’athlétisme français.

Mais après tout, ce n’est peut-être pas ce qu’on retiendra de la sportive française la plus titrée de l’histoire des Jeux. Pérec a été une pionnière, à une période où la France n’était qu’une Nation mineure des pistes. Et c’est bien elle qui a su remettre l’Hexagone sur la carte. Malgré une fin de carrière en dents de scie, Marie José Perec, talent si unique pour le clan tricolore, demeure aujourd’hui une très grande, pour ceux et celles qui ont suivi ses pas. Peut-être même la plus grande.


Photo à la Une : (@AFP)

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