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Patinage artistique : Sonja Henie, moderne parmi les mondains, a révolutionné son sport

Chorégraphies, tenues, trophées, records sont autant de bouleversements qui sont venus bousculer l’histoire du patinage artistique et du sport féminin. La révolutionnaire se nomme Sonja Henie et voici comment « La Pavlova de la glace » a dépoussiéré l’histoire de sa discipline.

Exit l’activité mondaine et poussiéreuse pratiquée exclusivement par des quarantenaires en robes longues et patins noirs qui viennent de prendre le thé en plein après-midi. L’arrivée de Sonja Henie dans le monde du patinage artistique a eu pour effet de métamorphoser la discipline. Jupes courtes, patins blancs et qualités artistiques encore jamais observées, la Norvégienne a osé. À seulement 15 ans, cet alliage de modernité attire, questionne et bouleverse. Le patinage artistique ne sera plus jamais le même. S’en est suivi une période de domination sans précédent et encore jamais inégalée à ce jour. Ne cherchez plus celle que l’on pourrait considérée comme étant la plus grande patineuse artistique de tous les temps, Sonja Henie est inévitablement en tête de liste.

L’enfant précoce

Née en 1912 à Christiana (ancien nom d’Oslo), capitale de la Norvège, Senja Henie est la fille d’un coureur cycliste. Pratiquant la danse et le patinage artistique dès son plus jeune âge, ses capacités et ses qualités ne passent pas inaperçues. C’est ainsi que son père, Wilhelm Henie, l’envoi parfaire sa technique de danseuse classique à Londres. Dès l’âge de 10 ans, la petite Norvégienne remporte le championnat local de patinage artistique, dans son pays natal. Moins d’un an plus tard, elle participe à ses premiers Jeux Olympiques à Chamonix, en 1924. Face à un niveau supérieur, la jeune enfant termine dernière. Une désillusion dont elle se relève.

Son père , en plus d’assurer son rôle, gère d’une main de maître les prémices de la carrière de sa fille. Cette rigueur tout simplement révolutionnaire dont il fait preuve a forgé l’une des plus grandes réussites de ce sport. Il lui trouve ainsi un entraîneur et un chorégraphe de renom. Les attentes placées en elles sont loin d’être anodines. Véritable enfant prodige, elle retranscrit sur la glace ce qu’elle a appris dans les salles de danse, mélangeant grâce, volupté et chorégraphies sans précédent. Développant rapidement un style bien à elle, la révolution est en marche, aussi bien sur le plan sportif que sur le plan sociétal et culturel.

Des productions innovantes et osées

Outre cette précocité inhabituelle, Sonja Henie fait également preuve d’une maturité impressionnante, sans une once de peur. De quoi aurait-elle pu se méfier à ce jeune âge, diriez-vous ? Du regard et du jugement de ce monde habitué à un patinage artistique d’antan, délavé et dénué du côté « artistique ». D’une prise de risque encore jamais réalisée auparavant et qui aurait pu lui coûter très cher à son époque. Malgré cela, elle se lance. Abandonnant les jupes trop longues qui empêchent la pleine liberté de ses mouvements, elle ose la jupette devenue accessoire indispensable de nos jours. Elle dira alors qu’elle « bouge moins bien avec tout ce tissu ». Qui dit nouvelle tenue dit nouveaux patins. Habituellement dotée de cette couleur noire qui, comme le disait la Norvégienne, « n’allait pas avec sa tenue », Sonja Henie opte plutôt pour du blanc.

Encore enfant à cette époque-là, sa prestation de haute voltige a tout d’une grande. Passionnée de danse classique, elle tente une chorégraphie, se lance dans des sauts inédits et des figures originales qui attirent l’oeil du jury. Sa technique, bien loin de l’aplomb morose des autres patineuses, impressionne et bouleverse. La prise de risque paye. Les jurys mettent en place de nouveaux critères de notations à la suite de cette prestation. Le patinage artistique devient un spectacle.

Un palmarès inégalable et inégalé

1927 marque le début d’une domination sans égale. 14 ans, c’est l’âge de Sonja Henie lorsqu’elle remporte son premier titre au plus haut niveau. Elle est championne du monde. Elle le sera dix fois. Consécutivement. Parallèlement et seulement une année plus tard, elle décroche sa première médaille d’or olympique. Dans le journal Le Matin du 15 février 1928, il était écrit : « On se souvient que la « petite » Henie, alors âgée de 11 ans, prit part, en 1924, au premier championnat olympique de figures. À présent, c’est une grande demoiselle de 15 ans qui, sur une patinoire construite spécialement pour elle, en Norvège, s’est entraînée en vue du championnat olympique […] ». Une performance qu’elle réitère trois fois de suite, en 1928 donc, 1932 et 1936. Que peut-il bien manquer à son palmarès affriolant ? Il faut s’arrêter en 1931 pour le savoir. La native de Christiana s’impose lors du premier de ses six championnats européens consécutifs. Autant de performances records qui lui sont, encore à ce jour, attribuées.

Une réussite d’autant plus frappante dans un sport où la victoire se joue sur des notes qu’accordent les juges, non sans une pointe de subjectivité. Outre les performances physiques ou sportives, Sonja Henie avait ce petit quelque chose en plus, qui semble faire basculer les notes en sa faveur. Et tout cela en n’étant qu’une enfant, une adolescente ou une jeune adulte. Car, à 24 ans seulement, elle met fin à cela. Bien que sa longévité n’aurait pas fait l’ombre d’un doute, elle se tourne vers de nouveaux projets.

(©IOC)

Une inévitable dose de polémiques

La première polémique en termes d’importance et de retombées, mais seconde dans le temps remonte à 1936. Sonja Henie remporte son dixième titre de championne du monde et son troisième titre olympique. Ce dernier ayant été décroché en terres allemandes, la Norvégienne y a serré la main du Führer, le tout suivi d’un salut nazi. Incompréhension, malaise et possiblement rejet, son retour dans son pays natal n’a pas été simple pour celle qui venait de choquer sa patrie.

Retour désormais en 1932, après son deuxième titre olympique, avec une polémique qui touche énormément de sportifs et de sportives de l’époque. Sport et argent ne font pas bon ménage et les rumeurs vont bon train concernant Sonja Henie. Touche-t-elle de l’argent du sport qu’elle pratique et par conséquent, peut-elle encore être considérée comme faisant partie du monde du sport amateur ? Soi-disant déçue par cette situation, la Norvégienne n’hésitera pas à mettre un terme à sa carrière « amateur » afin de se tourner vers le monde professionnel. Le 24 mars 1936, alors qu’elle avait déclaré ne jamais vouloir transgresser cette frontière, Paris-Soir publie : « Elle vient de signer à New York un contrat par lequel elle s’engage avec une grande firme d’Hollywood. Elle gagnera en quelques jours une véritable fortune. » Celle qui était surnommée la « Reine de la glace » se retire du monde amateur.

Une reconversion concluante avant la déchéance

Aux États-Unis, elle va de nouveau apporter son style et sa modernité aux grands spectacles sur glace. Si bien que les producteurs se bousculent pour l’avoir avec eux. Toujours aussi volontaire, désireuse de faire au mieux, elle doit faire face à un sentiment nouveau : l’attrait pour l’argent. Oubliée l’innocence de sa jeunesse, tout le monde se l’arrache à prix d’or. De quoi lui faire tourner la tête ? Non, du moins, pas tout de suite. Cela a simplement de quoi la transformer en une vedette qui prend des directives. Elle organise des galas. Elle en vient malgré tout à sombrer dans les caprices insupportables des plus grandes divas qu’ait connues ce monde, allant même jusqu’à harceler des producteurs de cinéma pour se lancer dans le monde du septième art. Elle tournera dans onze films qui sont loin d’avoir marqué l’histoire, mais grâce auxquels elle sera devenue l’une des actrices les mieux payées d’Hollywood.

Caprices sur caprices, elle court droit vers sa déchéance. Une dernière tournée sur glace en Europe pour rendre un dernier hommage à la jeune star du patinage artistique et puis plus rien. Sonja Henie tombe dans l’oubli et vit ces derniers jours aux côtés d’un riche norvégien grâce à qui elle pourra continuer de côtoyer les plus grands noms hollywoodiens. Atteinte d’une leucémie, elle meurt dans un avion qui effectue le vol Paris-Oslo en 1969.

Évidemment, Sonja Henie a davantage marqué l’histoire de par sa modernité et de par sa pratique révolutionnaire du patinage artistique que par ses déboires futurs. Ses records tiennent encore et ne seront pas détrônés de sitôt. Sans oublier qu’elle est tout simplement l’instigatrice du patinage moderne, tel qu’il est connu de nos jours.


Photo à la Une : (©IOC)

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