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Marion Bartoli, la mal-aimée

Retour sur les figures emblématiques qui ont marqué l’histoire du sport féminin français. Marion Bartoli et son coup droit à deux mains sont à l’honneur aujourd’hui. Retour sur la carrière de la dernière Française à s’être imposée à Wimbledon, qui a été tant décriée pendant sa carrière …

Marion Bartoli est née le 2 octobre 1984 en Haute-Loire. Son père, Walter est un médecin généraliste, qui sera son entraîneur tout au long de sa carrière, chose qui lui sera très souvent reprochée.

La relation coach-joueuse, père-fille

Même si son père n’était pas un fin connaisseur du tennis, il était son entraîneur, et l’entraînait jusqu’à l’épuisement. Certaines séances pouvaient s’achever à 23h. Walter Bartoli avait un jour déclaré que sa fille n’avait pas « un corps fait pour le haut niveau ». La carrière de la petite Marion n’avait pas commencée, qu’elle était déjà décriée par son père. Mais il le faisait pour elle. Faire de sa fille qu’il juge inadaptée une machine à gagner, voilà son objectif. Sur le circuit il était surnommé le « docteur Maboul » tant ses méthodes sont extrêmes et déconcertantes : tenir en équilibre sur une boîte de conserve tout jouant, courir avec des élastiques attachés aux chevilles … Mais Bartoli le sait, c’est pour son bien, cela paiera un jour ou l’autre et cela sera grâce à son père. Voici ce que la Française raconte lorsqu’elle parle de sa balle de match en finale de Wimbledon en 2013 : « Au moment de servir, j’ai eu un flash-back. Je me suis revue petite quand je devais toucher le cône dix fois de suite avant de pouvoir aller me coucher. J’ai pensé très fort : regarde papa, j’ai frappé la balle, elle est tombée pile sur la ligne ! ». Cette relation si spéciale, comprise ou incomprise, décriée ou adorée, est une des réussites de la carrière de l’ex numéro 7 mondiale.

Des débuts prometteurs

Marion Bartoli fait ses débuts en professionnel en 2000 à seulement 15 ans. Elle remporte cette même année l’US Open Junior et dispute en 2001 son premier tournoi du Grand Chelem à Roland Garros. Ce n’est qu’en 2003 que Bartoli gagnera son premier match dans un des tournois majeurs en atteignant le troisième tour de l’US Open. C’est à la suite de cet US Open qu’elle va intégrer pour la première fois à 19 ans le Top 100 à la WTA. Malgré quelques bonnes performances dans des tournois mineurs, la jeune joueuse est déjà très irrégulière.

Les premiers titres et des performances en Grand Chelem

Malgré cette irrégularité, Bartoli va commencer à performer dans les tournois mineurs. C’est le 2 janvier 2006 que la Française va remporter son premier tournoi sur le circuit avec une victoire au Classic d’Auckland en Nouvelle-Zélande. Toujours irrégulière, Bartoli enchaîne les bonnes et mauvaises performances. Elle s’imposera cette même année à l’Open du Japon et au tournoi du Québec, ce qui va lui permettre de terminer l’année à la 17ème place, deuxième Française derrière Amélie Mauresmo, vainqueure de Wimbledon.

En 2007, Marion Bartoli va se révéler avec un huitième de finale à Roland et à l’US Open. Le point d’orgue de cette saison est cette finale à Wimbledon, avec le rêve de voir une Tricolore s’imposer sur le gazon londonien une deuxième année consécutive. Un parcours exceptionnel avec deux victoires face des joueuses du Top 10, elle qui n’avait jamais battu des joueuses de ce standing depuis le début de sa carrière. Une victoire en huitième de finale face à la Serbe Jelena Jankovic 3ème à la WTA, puis face à la numéro une mondiale, la Belge Justine Hénin pour s’offrir une finale. Malheureusement, la Française s’inclinera 6-4/6-1 en finale face à Vénus Williams. L’Américaine qui remporte ce jour-là son sixième tournoi du Grand Chelem. Bartoli devient à la fin de la saison la numéro une française avec une 10ème place à la WTA, malheureusement insuffisante pour intégrer le Masters de fin de saison. Mais suite aux forfaits des deux soeurs Williams (Venus et Serena) elle se retrouve qualifiée pour le tournoi de fin d’année (éliminée dès le premier tour).

L’irrégularité

Les années suivantes seront bien différentes pour Bartoli. Son année 2008 est à oublier. Elle conclut l’année avec 29 victoires et 26 défaites et se retrouve 17ème à la fin de la saison. En 2009 la Française retrouve des couleurs. Quart de finale dès le mois de janvier à l’Open d’Australie en étrillant la numéro une mondiale Jelena Jankovic 6-1/6-4 en huitième de finale. Elle va remporter les tournois de Monterrey au Mexique, puis le tournoi de Stanford aux USA en éliminant une nouvelle fois la Serbe, et en battant Vénus Williams en finale. Sa saison 2010 est semblable à celle de 2008, une saison compliquée avec des éliminations au 2ème tour de l’Open d’Australie et de Roland, et une élimination au 3ème tour de l’US Open. Elle termine la saison à la 17ème place.

En 2011, c’est le retour sur le devant de la scène pour la numéro une française. Une demi-finale à Roland Garros face à Francesca Schiavone tenante du titre, et un quart de finale à Wimbledon perdue face à Sabine Lisciki. L’Allemande qu’elle retrouvera deux ans plus tard à Londres. Vainqueure aux tournois d’Eastbourne et d’Osaka et auteure d’une belle saison, Bartoli va de nouveau pouvoir participer au Masters. Mais malheureusement pour elle, elle devra abandonner durant la phase de poules. C’est durant l’année 2012, suite à l’Open d’Australie que Marion Bartoli va atteindre la 7ème place à la WTA, le meilleur classement de sa carrière.

Wimbledon 2013 : l’avènement

Après une saison 2012 sans titre, la femme au coup droit à deux mains entame la saison suivante difficilement. Des éliminations aux 3ème tour des deux premiers tournois Grand Chelems de la saison, ne lui permettent pas d’arriver à Londres en pleine confiance. Mais par chance, toutes les têtes de série de sa moitié de tableau vont tomber. Bartoli arrive en demi-finale face à Flipkens (tête de série numéro 20) sans avoir concédé le moindre set. Elle va écraser la Belge 6-2/6-1 pour filer en finale, la deuxième de sa carrière sur le gazon britannique. On se dit alors qu’elle devra affronter la numéro 4 mondiale Radwanska, mais c’est finalement Sabine Lisicki qui va une nouvelle fois créer la surprise en demi-finale, après avoir éliminé Serena Williams pendant le tournoi. Les deux femmes se retrouvent encore une fois à Wimbledon, deux ans après le quart de finale qui avait vu l’Allemande s’imposer. Mais cette année-là, Bartoli est trop forte, trop puissante, intouchable… La Tricolore vient toucher les étoiles et s’impose pour la postérité. 6-1/6-4 en 1h21. Pure. Simple. Limpide. Une magnifique revanche pour Marion Bartoli qui s’est attirée bon nombre de critiques à cause de son style de jeu atypique. Peut-être pas esthétique certes, mais diablement efficace durant cette quinzaine. Des critiques également dues à sa relation particulière avec son père ou encore à certaines attitudes sur et en dehors des courts qui peuvent déranger. Mais la Française tient là la plus belle victoire de sa carrière, c’était « un rêve qu’elle avait depuis l’âge de six ans et qui est devenu réalité ».

L’après carrière

Malheureusement pour elle son corps n’arrive plus à suivre, il ne tient plus. Un mois après sa victoire à Wimbledon, Marion Bartoli annonce sa retraite après sa défaite au second tour de Cincinnati face à Simona Halep : « Ce n’est jamais facile et évidemment il n’y a pas de bon moment pour dire ce genre de chose mais c’était le dernier match de ma carrière. J’ai le sentiment que le moment est venu pour moi de m’en aller. J’ai subi beaucoup de blessures depuis le début de l’année. Mon corps n’arrive plus à tout supporter. Je suis le circuit depuis si longtemps, et j’ai vraiment forcé et tout donné pendant ce Wimbledon. J’ai senti que j’avais épuisé toute l’énergie restante dans mon corps. J’ai réalisé mon rêve et ça restera avec moi pour toujours. Mon esprit n’y est plus, mon cœur n’y est plus et je ne peux plus mentir comme ça ».

Dès sa retraite annoncée, elle file sur Eurosport en tant que consultante. Elle tentera de sortir de sa retraite en 2017 sans succès. Mais ce qui va également malheureusement marquer l’après carrière de la Française, ce sont ces soucis de santé. La Française va être victime d’un virus inconnu qui va la rendre presque anorexique après la perte de 30kg en un an, qui va l’obliger à se faire hospitaliser d’urgence. Heureusement pour elle, tous ces soucis sont réglés aujourd’hui.

On retiendra de la carrière de Bartoli, cette féerique victoire à Wimbledon, ce coup droit à deux mains si atypiques, sa relation avec son père, mais aussi cette irrégularité et ce style de jeu pas très académique. Mais elle restera quoiqu’il arrive la femme du tennis français du début des années 2010 et reste à ce jour, la dernière Française à s’être imposée en Grand Chelem.


Photo à la Une : (@AFP)

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