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Les come-backs dans le tennis, ça donne quoi ?

En 2020, une tendance se confirme : les anciennes joueuses tentent de reprendre du service. Mais rechausser les tennis a sa dose de risque : celui d’une expérience qui tourne au vinaigre. Dans l’histoire, le pari n’a pas toujours été gagnant. Mais il existe des exemples à suivre.

Elle est l’une des plus grandes joueuses au 21 ème siècle. Cette puissante droitière a formé, à la fin des années 2000, un trio européen avec Amélie Mauresmo et Justine Henin, capable de titiller la suprématie des soeurs Williams. Triple lauréate de l’US Open (2005, 2009, 2010), gagnante à l’Open Australie 2011, Kim Clijsters est un monument de l’histoire du tennis. Un sport qui a entièrement construit sa vie et qu’elle a quitté un soir de septembre 2013, après une défaite prématurée à Flushing Meadows. 78 mois et deux accouchements plus tard, la Belge est de retour sur les courts. Faut-il y voir un pêché de gourmandise de la part d’une athlète disparue depuis sept ans, mais qui a dominé les débats par le passé, dans une discipline qui manque aujourd’hui d’héritières entièrement légitimes ? Car, et c’est un fait, si l’on se réfère aux trente dernières éditions (depuis l’US Open 2012), 17 championnes différentes ont remporté un Grand chelem. Neuf tournois ont d’ailleurs été remportés par l’incontestée Serena Williams, tous datant de la période pré-Australian Open 2017. La lionne aux 23 tournois majeurs ne rugissant plus autant que par le passé, les anciennes gloires toujours à l’âge de combattre s’imaginent donc peut-être l’éventualité d’une place à aller chercher, d’un honneur à aller reconquérir. D’une gloire à retrouver. Clijsters, mais également l’ex-prodige française Tatiana Golovin (12e mondiale à 20 ans avant une fin de carrière prématurée quelques mois plus tard, en 2008) sont donc revenues de nulle part, annonçant leur come-back en fin de saison dernière. Jelena Jankovic, numéro 1 mondiale en 2008, est également annoncée parmi les revenantes. Mais entre revenir et réussir, il y a un gouffre. Reprendre le rythme effréné des tournées professionnelles, réadapter son hygiène de vie mais aussi mettre de côté une vie familiale pour laquelle, souvent, on a mis de côté sa carrière par le passé. Tels sont les enjeux d’un come-back sportif, où, dans une discipline particulièrement technique comme le tennis, il est extrêmement compliqué de retrouver ses sensations d’antan.

Jennifer Capriati, une pionnière

L’Américaine a été une des premières à tenter l’expérience. Et c’est sans doute l’un des come-back les mieux réussis dans l’histoire du sport. Mêlée à des affaires judiciaires, l’enfant de Long Island, professionnelle dès 1990 à seulement 14 ans, et joueuse la plus jeune de l’histoire à entrer dans le top 10 mondial (14 ans et 7 mois), n’a pas su résister à une pression médiatique éprouvante. Sa pause, prise de 1994 à 1996, lui sera bénéfique. Alors qu’on la croyait perdue pour le tennis, l’athlète se ressaisit, mais va peiner à retrouver le plus haut niveau. Finalement, l’explosion survient au tournant du nouveau Millénaire. En 2001, l’ado prodige de l’Amérique retrouve les sommets en s’adjugeant deux Open d’Australie (2001, 2002) et Roland Garros en 2001. Capriati, l’une des figures préceptrices de ce style de jeu moderne, sorte de canonnière du fond du court solide des deux coups, a réussi un retour brillant. L’arrêt définitif de sa carrière en 2004, alors qu’elle n’était encore âgée que de 28 ans, laisse un goût d’inachevé pour les puristes de la balle jaune. Mais son parcours sinueux, à la trajectoire unique, restera mémorable.

Martina Navratilova, le double comme élixir de jeunesse

L’ancienne joueuse tchécoslovaque (naturalisée américaine en 1981), professionnelle entre 1973 et 1994, décide de faire son grand retour en 2000. Si on tient compte de son âge (44 ans), c’est un come-back aussi invraisemblable qu’osé. La femme aux 168 tournois en simple, dont 18 Grands Chelems, va, pleine de résilience, redevenir une vedette du circuit. Mais cette fois-ci en équipe. Avec Svetlana Kuznetsova, la gauchère épate, appuyée par un niveau physique inespéré : elle obtient une finale à l’US Open en 2003, 12 tournois entre 2002 et 2006, dont 4 masters 1000. Sixème mondiale en double à 47 ans, Martina Navratilova repousse les limites de la vieillesse. Grâce à ce comeback, qui s’achève par un titre en double mixte avec Bob Bryan, à l’US Open 2006, la native de Prague devient la troisième femme de l’histoire à réaliser un Grand Chelem total (les quatre tournois du Grand Chelem en simple, double et double mixte) en carrière. Tout simplement monumental. Alors certes, son âge avancé l’aura empêché de rivaliser à nouveau avec les meilleures en simple. Mais le périple de la quadragénaire Navratilova n’en reste pas moins fabuleux.

Kim Clijsters, pour montrer la voie à Kim Clijsters

Non, la Belge n’en est pas à son premier come-back. Partie à la retraite à seulement 25 ans, début 2007, quelques mois après son premier titre du Grand-Chelem à Flushing Meadows, elle donne naissance à un premier enfant, en février 2008. Un an et demi plus tard, la Belge signe un retour tonitruant. Trois tournois après la reprise officielle de sa carrière, Clijsters, toute en puissance, écarte les soeurs Williams et défait Caroline Wozniacki en finale de l’US Open. Encore aujourd’hui, elle est la seule joueuse invitée de l’histoire (c’est à dire ne pouvant pas intégrer le tableau directement dû à son classement) à remporter un Grand Chelem. Dans son jardin à New York, la joueuse aux 20 semaines en tête du classement WTA récidive un an plus tard lors de l’US Open 2010, et enchaîne avec l’Open d’Australie 2011. La suite, on la connaît. Kim Clijsters quitte les courts en 2013, en méforme. L’épilogue de cette saga flamande devrait arriver dans les prochains mois, en espérant avec succès.

Martina Hingis, la tuile de la contradiction

Triple lauréate en Grand Chelem à seulement 16 ans, Martina Hingis, épouvantail du circuit à la fin des années 90, période durant laquelle elle empoche 5 Majeurs et dispute pas moins de 12 finales en 21 tournois du Grand-Chelem (sur la période entre l’Open d’Australie 1997 et 2002), voit son règne s’effondrer entre 2002 et 2003, où elle enchaîne plusieurs blessures au pied. Joueuse attrayante tant par son style de jeu que par son physique (elle est classée parmi les 100 femmes les plus belles du magazine FHM en 1999), ‘Swiss Miss’, superstar incontestée du circuit, range la raquette à seulement 23 ans. Elle tente un retour inespéré trois ans plus tard, alors qu’elle annonçait quelques mois plus tôt « souffrir le martyr ». Il n’y aura pas de nouveau coup d’éclat à la hauteur de son talent. La Suissesse remporte néanmoins, entre 2006 et 2007, trois tournois, avant de précipiter sa chute par un contrôle positif à la cocaïne, alors qu’elle recommençait à pointer le bout de son nez sur le circuit de manière pressante, et se classait au 14 ème rang mondial. Le fiasco est total. Hingis ne reviendra pas sur les courts avant 2014, où durant trois ans, elle retrouve les succès en double, empochant quatre tournois du Grand-Chelem. Etait-ce cependant le retour dont elle rêvait ? Sans cette malchance du corps humain, Serena aurait sans doute quelques Grand Chelems en moins …

Dans le tennis féminin, la trajectoire d’une joueuse entraîne quelquefois une question de contradictions. Celles évoluant dans les plus hautes sphères aujourd’hui ne sont pas forcément les patronnes de demain. A 37 ans, Kim Clijsters n’a plus son coffre d’il y a dix ans. Mais, dans un sport où les progrès techniques, la préparation physique des joueuses et leur hygiène de vie augmentent la longévité au plus haut niveau (les soeurs Williams ont aujourd’hui 38 et 40 ans), la Belge n’a pas dit son dernier mot. La tournée américaine, avec comme objectif final l’US Open, semble arriver à point nommé, pour l’une des joueuses les plus redoutables de l’histoire sur dur. Alors oui, ce sera dur. Mais le contexte le permet. Le tableau, dégarni, laisse l’ouverture à des exploits, et des coups de folie. Kim Clijsters réalisera peut-être l’un d’eux, voire les deux. Car l’histoire du tennis, aussi lourde, soit-elle, le permet. Son scénariste déborde d’imagination.


Photo à la Une : (@L’Equipe /R.Martin)

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