Cyclisme

Des parquets de basket-ball à ceux de la piste, la belle trajectoire de Mathilde Gros

Partie pour faire carrière dans le basket-ball, Mathilde Gros s’est finalement tournée vers le cyclisme à la suite d’un test physique sur un home-trainer. Une aubaine pour celle qui a depuis tout raflé ou presque sur les épreuves de vitesse sur piste.

Et si Mathilde Gros n’était jamais monté sur ce home-trainer ? Elle serait peut-être sur les parquets de LFB à shooter longue distance. Il n’en est finalement rien, au grand bonheur de l’équipe de France de cyclisme sur piste. Car depuis ses débuts sur bicyclette, la Nordiste de naissance et Aixoise d’adoption a ramené de beaux titres au Team France, notamment lors des championnats d’Europe. Retour sur une jeune carrière déjà pleine de succès.

Prédestinée à devenir sportive de haut niveau

Née à Sainte-Catherine (Nord Pas de Calais), Mathilde Gros déménage très tôt dans le sud avec sa famille. Direction les Bouches-du-Rhône dans la petite commune de Cornillon-Confoux où elle s’épanouit très vite dans le basket-ball. A l’âge de trois ans, elle touche son premier ballon orange. Quelques années plus tard, elle se distingue sur les parquets avec un club régional de Salon de Provence. « J’étais à fond dans le basket raconte-t-elle, je voulais devenir professionnelle. J’ai réussi à intégrer le pôle espoir », celui d’Aix en Provence. A ce moment-là, le vélo de la petite Mathilde ne quitte jamais,ou presque, le garage familial. « J’avoue que je n’aimais pas tellement le vélo. Petite j’avais fait une sortie en VTT avec mon père et ça c’était très mal passé. Aller au lycée à vélo, c’était déjà assez compliqué pour moi » explique la principale intéressée à propos de son goût pour le cyclisme.

Mathilde Gros sur les parquets de basket ©DR

Le tournant de la jeune carrière de Mathilde Gros s’opère au sein de son pôle espoir, lorsqu’elle monte sur un WattBike (vélo doté de capteurs de puissance) pour faire un sprint alors qu’une équipe de BMX était présente au même moment. « L’entraineur des BMX et mon entraineur basket ont découvert que je réalisais des performances impressionnantes pour mon âge, sachant que je ne faisais pas de vélo. L’entraîneur du pôle olympique de Saint-Quentin a appelé mes parents. C’est parti de là. Ensuite je suis montée à Paris. De là à commencer mon histoire. »

D’un pôle espoir à l’autre, il n’y a qu’un pas

Convoquée en avril 2014 au pôle espoir de cyclisme sur piste à Saint-Quentin, elle y est intégrée en septembre à seulement 15 ans. « Je m’étais laissé un an pour aimer cette discipline. Et si ça ne me plaisait pas, je serai retournée à mes premiers amours le basket. Parce que si vous n’aimez pas ce que vous faites, ça ne sert à rien de continuer. » Après une première année de découverte, Mathilde Gros a totalement adopté la discipline. « J’étais à fond dans le vélo. J’ai rencontré tout de suite le bon entraineur (Herman Terryn ndlr), ça fait maintenant six ans que je m’entraine avec lui. Ca a tout de suite accroché entre nous. Grâce à cette relation, je me suis sentie bien, je savais que je pouvais tout lui dire sur mes peurs, mes craintes. On a pu avancer tous les deux, avec le staff qui a été mis en place autour de moi. Je me suis tout de suite sentie bien dans ce Team France. Et puis aussi les anciens qui m’ont soutenu, qui m’ont aidé. Il y a eu une bonne alchimie avec tout le monde. »

Mathilde Gros avec son entraineur Herman Terryn @FFC

Finalement, l’acclimatation ne fût pas bien longue. Après une saison sur un vélo, Mathilde Gros réussit à remporter son premier titre national sur 500 mètres juniors. Quelques mois plus tard, elle confirme en s’adjugeant deux titres européens juniors, établissant par la même occasion de nouveaux record de France juniors au 500 et 200 mètres départ arrêté (34’8 » au 500 et 10’999 » au 200). « Quand je suis arrivée dans ce monde, je me suis dit que j’avais peut-être du talent par rapport à ce que j’avais dans les jambes mais il me faudra travailler. Le talent c’est bien, mais sans travail ça ne sert à rien. »

Une précocité impressionnante

Quand on évoque le cas de Mathilde Gros, les experts du cyclisme sur piste pensent forcément à son ascension fulgurante, à son éclosion si précoce. A seulement 16 ans et après des titres à la pelle en juniors, elle se voit surclassée en élites pour les compétitions nationales. Pari gagnant puisqu’en 2016, elle remporte deux titres nationaux sur le keirin et sur le 500 mètres. Encore trop jeune pour participer aux compétitions internationales élites, elle se présente aux championnats d’Europe juniors et espoirs où elle rafle quasiment tout. Trois titres européens dans les épreuves de vitesse, et une médaille d’argent avec Mélissandre Pain en vitesse par équipe espoirs, une petite prouesse pour une pistarde encore dans ses années juniors. A Montichiari en Italie quelques semaines plus tard, elle survole les mondiaux juniors en s’adjugeant de nouveaux le triplé (vitesse individuelle, keirin, 500 mètres)

Des performances impressionnantes à confirmer

Petite prodige de la vitesse sur piste, Mathilde Gros obtient son premier ticket pour les championnats internationaux élites en 2017 lors des championnats d’Europe. Elle n’a alors que 17 ans et remporte une première médaille d’argent, battue par Kristina Vogel en finale de la vitesse. Elle décrochera son premier sacre européen un an plus tard à Glasgow (Ecosse) sur le keirin. Titre qu’elle conservera l’année suivante à Apeldoom (Pays-Bas). Sur le circuit de la Coupe du Monde, les performances sont également intéressante avec plusieurs places d’honneur.

Les Mondiaux, le plafond de verre ?

La domination européenne de Mathilde Gros ne lui permet pourtant pas de décrocher les plus belles médailles lors des championnats du Monde. Si elle termine troisième de la vitesse en 2019 à Pruszkow, elle n’a pas réussi à se mettre en évidence en début d’année 2020 sur les mondiaux de Berlin, une compétition qu’elle pourtant avait cochée. « J’étais un peu déçue. Je voulais absolument ramener une médaille » avoue-t-elle. Mais durant cette année olympique, Mathilde Gros a découvert un niveau d’intensité tout autre. « C’était la première fois que je vivais ça. J’ai pu voir ce qu’était le niveau olympique, et à Berlin, le niveau de compétition était très élevé. Ca m’a permis de savoir où j’en étais par rapport aux autres et le chemin qu’il me reste à faire. »

« Quand je suis arrivée dans le circuit élite, c’était après les Jeux de Rio. Beaucoup d’athlètes avaient pris des vacances, du repos. Elles n’étaient pas forcément au top de leur forme. De 2016 à 2018, j’ai pu remporter de belles médailles sur le circuit élite parce que le niveau était peu être moins haut. De 2018 à 2020, la qualification olympique commence. Il y a beaucoup plus de filles et de nations. Il a fallu que je repousse mes limites, que je travaille encore plus dur. »

Le rêve olympique approche

Après la période de confinement avec sa famille dans le sud de la France, la pistarde tricolore a rejoin Paris le 15 juin au Centre Olympique pour reprendre les entrainements. Une période qui pourrait sembler difficile pour les athlètes qui s’entrainent sans vraiment savoir s’ils auront la possibilité de participer aux compétitions, avec de nombreux reports ou annulations. Mathilde Gros préfère « voir le bon côté des choses ». » Une carrière ça passe très vite. On est tout le temps à droite, à gauche. Et là pour une fois, on a du temps. On peut prendre le temps de peaufiner les exercices, de faire des bons blocs d’entrainements. Il n’y a pas la pression du résultat et pas d’objectifs sur des compétitions. »

Son état d’esprit après le report des JO de Tokyo en 2021 ? Une nouvelle fois positif. « J’aurais un an de plus. J’ai pu voir le niveau qu’il y avait sur le circuit mondial à Berlin. Un an de plus, ça va me permettre de revenir encore plus forte, de pouvoir m’entrainer encore une année de plus. » En attendant, la Française va peut-être bientôt pouvoir reprendre sa saison si les prochaines compétitions ne sont pas une nouvelle fois reportées.

Son programme pour la fin d’année :

  • Championnats d’Europe espoirs du 8 au 13 octobre à Fiorenzuola (Italie)
  • Championnats d’Europe élites du 11 au 16 novembre à Plovdiv (Bulgarie)
  • Championnats de France élites du 20 au 23 décembre à Bourges (France).


Photo à la Une : (@Icon Sport)

Léo Labica

Léo Labica, fondateur du site aux côtés de Romain Boisaubert et Marvin Mathieu. Passionné de sport depuis ma tendre enfance, je nourris une grande appétence pour le sport féminin depuis une dizaine d'années. Le foot, le basket, le cyclisme ou le tennis.. autant de disciplines qui me font rêver. Passé par les rédactions de Vélo101 ou de Sport 365, j'ai pu vivre au plus près les événements sportifs. C'est désormais sur le sport féminin que je me concentre à maintenant vingt-quatre ans en créant "Le Sport au Féminin". Plus qu'une passion, un devoir !

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