HandballHandball : Division 2

D2F : La lettre ouverte des joueuses à la FFH

Suite à l’arrêt officiel de la D2F en raison de la crise sanitaire, les joueuses du championnat ont adressé ce jeudi une lettre ouverte à la Fédération Française de Handball pour faire part de leur mécontentement. Retrouvez l’intégralité de leur lettre ci-dessous.

A l’instar de toutes les compétitions amateures, la D2F, deuxième échelon du handball féminin en France, a été stoppée nette récemment en raison de la crise sanitaire. Une décision très lourde de conséquences pour les clubs et les joueuses. Ce jeudi, les joueuses de 14 clubs de D2F ont adressé une lettre destinée à la FFH dans l’espoir de changer cette décision. (Noisy-le-Grand, Bègles, Rochechouart-Saint-Junien, Octeville, Sambre-Avesnois, Bouillargues, Celles-sur-Belle, Clermont-Ferrand, Saint-Grégoire-Rennes, Vaulx-en-Velin, Saint-Maur, Le Havre, Achenheim et Cannes-Mandelieu). Un signal d’alarme tiré par l’ensemble de la D2F, grandement pénalisée par cet arrêt des compétitions.

La lettre adressée à la FFH

« Nous avons bien pris en compte votre décision de suspendre le championnat de D2F que vous considérez comme « non-professionnel ».

Sachez que derrière l’intitulé « D2F », se cachent des femmes qui étudient ou travaillent, certaines d’entre-elles sont d’ailleurs mamans. Quelques-unes ont quitté leur pays natal, d’autres leur région d’origine, pour pouvoir vivre de leur passion au plus haut niveau possible.

Leurs journées sont rythmées par les contraintes, les obligations, mais aussi les entraînements qu’elles continuent de suivre avec passion et ferveur. Ces entraînements, ils sont parfois quotidiens, parfois biquotidiens. Ils mêlent pratique, préparation physique et tactique, et analyse vidéo. Ils sont dirigés par des entraîneurs diplômés, professionnels, et qui ont au même titre que les joueuses l’objectif de performer et de proposer du spectacle dans
les différents gymnases de France.

Vous comprendrez qu’il s’agit ici bien plus qu’un passe-temps où qu’un loisir, mais bien d’une pratique de très haut-niveau, permettant de fournir chaque année les clubs de l’élite française et internationale, ainsi que les sélections nationales.

La D2F c’est aussi une division composée de plusieurs clubs VAP (Voie d’Accès au Professionnalisme), soumis à un cahier des charges précis que vous avez mis en place. Que dire maintenant à ces clubs qui se sont engagés dans une démarche professionnelle, qui se sont structurés, qui ont investi ?

La D2F c’est plus de 80 contrats professionnels de joueuses (dont bien plus de la moitié sont à temps complet), sans parler du nombre de contrats professionnels au sein des staffs techniques et des personnels administratifs. Avez-vous pensé aux conséquences sociales, économiques, conventionnelles ?

En D2F, se côtoient plusieurs statuts : joueuses professionnelles, à temps plein, à temps partiel, joueuses sous convention, partenaires entraînements. Mais sachez que l’investissement humain par les joueuses, par l’encadrement est calqué sur l’investissement requis par une division professionnelle. Ce sont les mêmes nombres d’heures d’entrainement, les mêmes bénévoles qui œuvrent au quotidien à l’organisation et au bon déroulement des rencontres le week-end. Ce sont les mêmes présidents qui se démènent à monter des projets viables qui permettent aux joueuses de se développer et de proposer un niveau de jeu qui attire le public.

Mesdames, Messieurs, vous comprendrez donc bien notre déception et notre incompréhension quant à la suspension du championnat, lorsque l’on parle d’un environnement sportif et humain, qui semble ne prendre en compte qu’un aspect financier caché derrière des quotas, des statistiques, des pourcentages. Le ministère avait donné délégation aux fédérations pour maintenir ou non la compétition ; nous pensions que votre considération pour la deuxième division féminine nationale au vu des critères listés ci-dessus, des cahiers des charges que vous avez mis en place, aurait été différente. Sachez que cette décision fédérale communiquée par un courriel de trois lignes sans explication nous déçoit réellement.

Nous nous étonnons également que dans le cadre de prise de décisions si lourdes de conséquences pour les acteurs, les joueuses, les entraîneurs, et parfois les clubs, ne soient pas représentés dans les discussions, ni même consultés de manière transparente. Des structures représentatives existent, et pourtant, malgré leurs sollicitations souvent laissées sans réponse, les décisions se prennent sans considération des acteurs de cette division. Une telle crise ne serait-elle pas l’opportunité de revoir votre mode de gouvernance, de consultation, de décision, afin que le handball français, le handball féminin, la D2F sortent grandis d’une épreuve comme celle que nous sommes en train de vivre ?

Il est du devoir de la fédération française de handball de promouvoir le sport féminin et de récompenser l’investissement sans relâche de centaines d’individus, qu’il s’agisse de joueuses, entraîneurs, de présidents, de vice-présidents, de trésoriers, de bénévoles, d’intendants, et la liste pourrait s’allonger. Pour conclure, nous nous permettons de rappeler que tout a été mis en œuvre pour respecter les protocoles sanitaires et assurer la sécurité des différentes équipes engagées dans le championnat. Cet engagement est bien sur toujours d’actualité et peut même être intensifié si en dépend l’avenir de notre saison. Dans cette situation difficile, l’union est importante et votre reconnaissance aussi.

En vous adressant nos salutations distinguées. »


Photo à la Une : (@

Marvin Mathieu

Marvin est l'un des fondateurs du site, rédacteur en chef. Grand passionné de sport et de langue depuis son enfance, Marvin a réussi à concilier les deux durant son passage en Espagne, où il a découvert le métier de journaliste. Quadrilingue (Français, Anglais, Espagnol, Russe), ce Cagnois de vingt-trois ans a décidé de se lancer dans l'aventure du sport féminin, en créant officiellement "Le Sport au Féminin", le 25 février dernier.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Fermer