Natation

Plongeon : L’envol de Charlotte Hertzog

Charlotte Hertzog est la plus jeune membre de son équipe de plongeon de haut vol au parc d’attraction de Walibi (Rhône-Alpes). L’Alsacienne de 26 ans, est passée récemment d’amateur à professionnelle. Elle s’est confiée pour Le Sport au Féminin. Entretien.

Sauter d’un plongeoir de vingt mètres de haut est son quotidien. D’un pont, du haut d’une échelle ou encore du rebord d’un sautoir, Charlotte Hertzog plonge dès qu’elle le peut en excluant la peur du vide. Il y a deux ans, la Française a vu son statut passer d’amateur à professionnel. C’est une vraie bouffée d’oxygène pour elle que de vivre de sa passion, après avoir été coach sportif et gymnaste. Son parcours, les parcs d’attractions ou encore la place de cette discipline en France, la principale intéressée s’est confiée en n’éludant aucun sujet. Entretien. Première partie.

Comment en êtes-vous arrivée à faire du plongeon ?

Initialement, j’étais gymnaste à l’Union Haguenau (quatrième club de France situé dans le Bas-Rhin) jusqu’à mes vingt ans. À un moment donné, j’ai commencé à avoir peur malgré ma passion pour cette discipline sportive et artistique. Je voulais trouver un autre sport ressemblant, mais étant moins traumatisant pour le corps pour éviter les impacts douloureux pour les genoux et les poignées. Étant en Master STAPS, j’ai découvert de nombreuses activités dont le plongeon. J’ai tout de suite accroché puisqu’on y retrouve des saltos, des vrilles, mais sans les traumatismes de la gym. L’eau peut aussi être douloureuse, mais beaucoup moins que le sol. Ça me faisait moins peur de faire un plat que de me blesser. J’y allais avec moins d’appréhension.

J’ai donc commencé le plongeon vers l’âge de 23 ans. Au départ, c’était une pratique de loisir. J’avais participé à de nombreuses compétitions de gymnastique, je ne voulais plus du tout retourner dans ce modèle du sport traditionnel. Je souhaitais vraiment prendre du plaisir. Les trois premiers mois, je ne m’entrainais qu’une heure et demie par semaine à Schiltigheim (Bas-Rhin). Ensuite j’ai découvert les spectacles par l’intermédiaire des réseaux sociaux, des plongeurs de haut niveau à la piscine, et j’y ai assisté à Walibi et au Futuroscope. Après cela, je me suis dit « c’est génial ce qu’ils font. Ils vivent de leur passion. J’adore leur mode de vie, j’ai envie de faire ça ! » J’étais tellement motivée que j’allais à la piscine quasiment tous les jours. Je me suis entraînée toute seule pendant trois mois, à fond !

La gymnastique vous a-t-elle aidé à atteindre le haut niveau en plongeon ?

Oui et non. Ça m’a aidé pour les repères dans l’espace pour les vrilles et les saltos. Mais c’était aussi une sorte de contrainte, car ce n’est pas la même technique. J’étais très habituée à atterrir par les pieds, c’est totalement l’inverse en plongeon. Même à un ou trois mètres, c’était compliqué. Il y avait des avantages et des inconvénients. Ce changement a été assez bizarre.

Comment vous entrainez-vous ?

Actuellement je saute à vingt mètres, donc j’ai une préparation mentale où j’imagine le plongeon, ce que je dois faire, etc. Je me concentre sur le positif, c’est important pour moi, car ça m’empêche d’imaginer le pire. Le fait de répéter les mouvements de la phase d’envol en étant debout m’aide beaucoup. Physiquement, j’ai des séances spécifiques de musculation à la salle de sport. Je ne suis pas toujours dans l’eau puisqu’il y a aussi du travail à sec : salto au sol, répétition des départs avec des arrivées sur des tapis ou au bord du bassin. On s’entraîne également sur des plateformes plus basses, à trois ou cinq mètres, voire dix mètres au maximum. Pendant la saison estivale, je m’entraîne au parc de Walibi. Les six autres mois, je suis à la piscine couverte de Schiltigheim.

La notion du collectif est-elle plus présente en plongeon qu’en gymnastique ?

Il faut savoir que tous les membres de la compagnie de spectacle s’entraînent ensemble. À Schiltigheim, il y a d’autres athlètes. Je suis par exemple souvent avec la quadruple championne du monde, Rhiannan Iffland. L’ambiance est très différente en plongeon qu’en gymnastique. Ça reste un sport individuel, mais on se motive beaucoup entre nous, on s’entre aide, on partage. En gym, les sportifs sont plus centrés sur eux. Je travaille de la même manière, mais dans une meilleure atmosphère. Je ne regrette pas d’avoir changé de sport.

En 2019, vous aviez déclaré dans une interview qu’il vous fallait quatre sauts à 20 mètres pour vous inscrire en compétition ? Où en êtes-vous? Est-ce que cela vous intéresse ?

Ma priorité, c’est le spectacle ! C’est ce que j’aime et c’est surtout mon métier. Si j’arrive à avoir ces quatre plongeons consécutifs par passion, à ce moment-là, je me présenterais en compétition. Mais ce n’est pas un objectif défini. Je suis toujours en phase d’apprentissage. Si un jour mon coach me sent prête et me dit « tentes c’est le moment ! », oui ce serait avec plaisir. Mais actuellement ce n’est pas le cas, d’autant plus avec la crise sanitaire.

Que pensez-vous de la représentation de votre discipline en France ?

Je suis la seule Française à pratiquer le plongeon de haut vol. Récemment, le Britannique, Gary Hunt, champion de la Red Bull Cliff Diving, a obtenu la nationalité française. S’il y a des compétions en 2021, il représentera notre pays à l’international chez Red Bull. C’est plutôt positif pour la France et pour la discipline encore peu connue.

Dans certains pays comme la Chine, ce sport est beaucoup plus populaire. Les Chinois ont développé une structure spécifique au plongeon de haut vol, avec des échafaudages montant jusqu’à vingt-sept mètres de haut (hauteur maximale pour les hommes). Rien que ça, c’est énorme ! Nous n’avons pas du tout ce type d’infrastructure en France, même si je m’entraine dans de superbes conditions. Ce genre d’installation fait rêver !

La rumeur concernant l’entrée du plongeon de haut vol comme discipline olympique aux Jeux de Paris 2024 est-elle toujours d’actualité ?

Oui toujours, mais ça reste encore qu’une rumeur. Nous n’avons pas plus d’information, aucune décision n’a été prise. Ce serait génial, en plus à Paris ! Mais pour l’instant, la crise sanitaire ralentit vraiment cette progression.

Retrouvez la deuxième partie de l’entretien consacrée à Charlotte Herzog, une plongeuse hors du commun, cette semaine sur notre site.


Photo à la Une : (@DR)

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