Handisport

Entretien avec Elodie Lorandi, septuple médaillée paralympique de natation

Quelques semaines après le lancement de l’application « Sport Energie » du Team EDF, Elodie Lorandi, septuple médaillée paralympique de natation et membre du collectif, est revenue sur les projets et ambitions du Team. En ce 8 mars synonyme de journée internationale des droits des femmes, elle s’est aussi livrée sur la maternité des sportives de haut niveau.

Née avec une maladie orpheline paralysant un nerf de sa jambe gauche, du genou à la cheville, Elodie Lorandi a su faire de sa différence une force. Médaillée d’or aux Jeux Paralympiques de Londres en 2012 au 400m nage libre, elle est aussi détentrice d’un bon nombre de médailles en or, argent et bronze lors des Championnats du monde et d’Europe. La nageuse nous a accordé un entretien à l’occasion de la journée de la femme et du lancement de l’application « Sport Energie » par le collectif Team EDF dont elle fait partie. Le tout, en étant enceinte de 8 mois.

Comment avez-vous intégré le Team EDF ?

Cela s’est passé un peu bizarrement (rires). C’était juste avant les Championnats d’Europe de 2011. Il y avait une journée EDF, sensibilisation au handicap à Paris. La Fédération handisport m’avait demandé de venir pour faire des challenges avec du public, encourager les entreprises qui venaient. J’ai rencontré le directeur du Team EDF. Mais à l’époque quand on était en équipe de France handisport et que l’on voulait l’intégrer, il fallait être salarié. Un contrat d’image ne suffisait pas. Sauf que je ne l’étais pas. On m’a dit que c’était compliqué de me prendre. Mais quelques jours après, ils ont fait une exception. Donc je suis rentrée avec un contrat d’image comme les valides. Depuis je n’y suis plus ressortie.

Quelle cause, défendue par le collectif, vous tient le plus à coeur ?

Je me souviens de Coralie Balmy qui parlait de la protection des océans. Je me suis rendue compte que le Team suivait le mouvement. EDF est partenaire pour les JO de Paris 2024, l’entreprise a pour ambition de faire des Jeux complètement verts. Cela m’a plu. C’est ce qu’on voit aujourd’hui, la biodiversité, essayer de moins consommer, avoir moins de plastique… Je pense que Paris 2024 et des Jeux verts pourraient aider à changer les choses. En fait EDF disait vouloir être « champions du monde de l’écoresponsable ». C’est vrai que moi nageuse, quand je vois l’état des océans, c’est triste… Donc on essaie de monter un projet.

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’application « Sport Energie », créée il y a deux semaines ?

Sport Energie c’est pour les Restos du Cœur. Ce sont des challenges. Les sportifs lancent des challenges, faire tant de kilomètres à pieds, aller au travail à vélo… Il y a pas mal de gens qui s’y sont mis. Estelle Denis par exemple, c’est top. C’est cool à voir. J’espère voir des challenges pour la natation plus tard.

Justement est-ce que vous comptez en lancer ?

(Spontanément) Oui, oui ! J’espère lancer un petit challenge avec les nageurs. Cela permet aux gens de faire du sport, de se rendre compte qu’on n’est pas obligés d’aller au travail en voiture. Les gens bougent pour faire du sport, ils font attention à la planète et puis, ils peuvent rencontrer des sportifs comme Florent Manaudou, et Clarisse Agbegnenou, alors qu’ils n’en n’ont pas l’occasion habituellement. C’est sympa.

« Je veux aider les jeunes femmes à se dire ‘j’ai le droit d’avoir un projet personnel parce que je suis posée dans ma vie. »

En tant que sportive de haut niveau et femme enceinte, quel message aimeriez-vous transmettre ?

Je voudrais faire taire les tabous sur les femmes qui n’ont pas le droit de materner. Ce n’est pas parce qu’on est sportive de haut niveau qu’on n’a pas le droit de tomber enceinte et de fonder une famille. Ce n’est pas parce qu’il se passe cela que notre carrière s’arrête. Je veux aider les jeunes femmes à se dire « j’ai le droit d’avoir un projet personnel parce que je suis posée dans ma vie. » Oui, je vais peut-être galérer à reprendre la nage en septembre, retrouver mon niveau, mais peut-être que créer une famille va m’apporter une force que certains n’ont pas.

Parce que c’est ce que vous avez vécu ?

Après les derniers Jeux j’ai ressenti le besoin de créer quelque chose, finaliser une partie de ma vie. J’avais tout ce que je voulais en natation, j’étais en train de passer ma formation d’auxiliaire de puériculture mais il me manquait quelque chose. J’entendais beaucoup de « quand t’es enceinte, ta carrière, elle s’arrête » mais en fait non. Mélina Robert-Michon s’est faite virer par Nike quand elle était enceinte. Aujourd’hui, ils l’ont récupérée parce qu’ils se sont rendus compte qu’elle leur servait toujours. Ce n’est pas parce qu’on est enceinte qu’on est en fin de carrière. Par exemple, j’ai regardé le ski à la télévision cet hiver et j’ai entendu qu’une Norvégienne revenait d’une grossesse, qu’une autre avait eu deux enfants et qu’elle arrivait aux Championnats du monde. Ces filles-là sont tranquilles dans leur tête. Une fois posée, au niveau professionnel et personnel, c’est génial. J’avais envie de cette pause.

En cette journée internationale des droits des femmes, nous venons d’aborder la question de la maternité. Mais avez-vous déjà remarqué des discriminations entre les femmes et les hommes dans votre discipline ?

Dans la natation, non, je ne trouve pas. Je n’ai jamais subi de discrimination parce que j’étais une femme. J’ai plus souffert de critiques à l’école par rapport à mon handicap, alors qu’une fois dans le sport, c’était parti. Non, on voit la différence dans les sports valides entre les hommes et les femmes mais pas dans l’handisport. Nous sommes tous soudés, c’est une belle famille. Au niveau international, je trouve qu’il y a une très bonne entente. Tout le monde se dit bonjour.

« Aujourd’hui quand quelqu’un avoue quelque chose, personne ne critique. C’est un truc qui est fort. On ne le voit pas dans tous les sports… »

Est-ce que vous vous souvenez d’un événement spécifique qui témoigne de cette solidarité ?

Je me rappelle d’une jeune femme asiatique en fauteuil roulant avec une corpulence assez imposante, elle a fait le buzz en disant « c’est bien on est tous ensemble mais je veux montrer que vous acceptez qui je suis. Je suis lesbienne, en fauteuil, grosse, typée, il est où le problème ? ». Et tous les nageurs l’ont soutenue. Aujourd’hui quand quelqu’un avoue quelque chose, personne ne critique. C’est un truc qui est fort. On ne le voit pas dans tous les sports…

Avez-vous l’impression d’avoir assisté à une hausse du nombre de participantes dans la natation handisport depuis que vous évoluez au haut niveau ?

Non je ne trouve pas qu’il y a eu une hausse. C’est dommage. En France, nous avons peu de clubs handis. On n’a pas cette ouverture qu’on retrouve dans d’autres pays où les jeunes filles sont accompagnées. Où on leur dit que tout va bien, qu’elles ont le droit de faire du sport. Dans la natation en plus, une jeune fille handicapée qui aime l’eau elle ne veut pas y aller parce qu’elle a peur. Elle fait un blocage. Il faudrait faire tomber cette barrière. Et puis, il y a aussi le problème des règles. Les jeunes filles ont peur de la natation par rapport à cela. Malheureusement, dans les clubs, on n’a pas le temps de les suivre. Alors elles n’aiment plus nager et elles arrêtent. Déjà qu’il y a le handicap à accepter et gérer… Tous ces petits trucs font qu’il y a aujourd’hui moins de filles qui pratiquent la natation que les garçons. Mais cela peut changer avec le temps. Nous devons prouver que cela ne doit pas empêcher la pratique.


Photo à la Une : (@France-Paralympique)

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